BlackBerry n’est plus un pari sur les téléphones : QNX change tous les ratios

BlackBerry n’est plus à analyser comme un fabricant de téléphones, mais comme un groupe de logiciels dominé par deux activités : QNX, centré sur les systèmes embarqués, et Secure Communications. QNX améliore le profil de croissance et de marge du groupe, mais BlackBerry reste loin d’être un actif QNX pur.
Le carnet de redevances de QNX soutient la possibilité d’une revalorisation, sans la démontrer à lui seul. Il correspond à une estimation de revenus futurs dépendant notamment des volumes produits par les clients. Pour juger l’action, il faut donc rapprocher ce carnet des revenus effectivement comptabilisés, de l’EBITDA de segment et de la trésorerie créée.
Deux moteurs logiciels, plus une activité de licences

BlackBerry présente trois segments : QNX, Secure Communications et Licensing. Sur l’exercice clos le 28 février 2026, QNX a généré 268 millions de dollars de chiffre d’affaires, Secure Communications 258,9 millions et Licensing 22,2 millions. QNX représentait ainsi 48,8 % des revenus du groupe, contre 47,2 % pour Secure Communications.
Le rapport annuel 2026 de BlackBerry établit aussi une marge brute ajustée de 83 % et un EBITDA ajusté de segment de 71 millions de dollars pour QNX, contre 70 % et 56,1 millions pour Secure Communications. QNX a donc produit environ 56 % de l’EBITDA ajusté cumulé des deux divisions principales, pour un peu plus de la moitié de leurs revenus cumulés.
C’est le premier effet de QNX sur les ratios : une croissance plus rapide de cette division augmente non seulement le chiffre d’affaires consolidé, mais aussi le poids de l’activité affichant la marge brute la plus élevée. Cette amélioration du mix peut soutenir un multiple supérieur, à condition que les dépenses nécessaires au développement de QNX ne neutralisent pas durablement ce levier.
Le trimestre confirme la croissance, pas encore sa permanence
Au premier trimestre de l’exercice 2027, clos le 31 mai 2026, QNX a enregistré 72,3 millions de dollars de revenus, contre 57,5 millions un an plus tôt, soit une progression d’environ 26 %. Sa marge brute ajustée a atteint 86 % et son EBITDA ajusté de segment 19,3 millions, soit une marge calculée proche de 27 %.
Le rapport trimestriel de BlackBerry ventile la hausse de 14,8 millions des revenus QNX : 7,5 millions provenaient des licences de développement, 4,2 millions des redevances, 1,5 million de BlackBerry Radar et 1,2 million des services professionnels. La progression ne reposait donc pas sur une seule composante, mais les licences de développement et les redevances n’offrent ni le même calendrier ni la même visibilité.
Secure Communications a parallèlement réalisé 73,6 millions de dollars de revenus et 20,2 millions d’EBITDA ajusté de segment. Avec 48,1 % des ventes trimestrielles, contre 47,3 % pour QNX, cette division reste légèrement plus importante en chiffre d’affaires. Valoriser toute l’entreprise comme une société de logiciels embarqués à forte croissance reviendrait donc à ignorer près de la moitié de son activité.
Pourquoi 950 millions de carnet ne valent pas 950 millions de ventes

À la clôture de l’exercice 2026, BlackBerry évaluait le carnet de redevances QNX à environ 950 millions de dollars, contre 865 millions un an auparavant. Sa définition officielle est déterminante : il s’agit de revenus futurs estimés à partir des taux de redevance, de l’expérience historique d’expédition et des projections de volumes fournies par les clients sur la durée de vie des programmes.
Ce montant n’est donc ni une créance exigible, ni une obligation de performance déjà comptabilisée, ni une prévision pour le seul exercice suivant. Les volumes réels, la modification d’un programme ou sa résiliation peuvent faire varier les revenus finalement reconnus. Le carnet est en outre recalculé annuellement, ce qui limite les comparaisons trimestre par trimestre.
Le décalage d’échelle illustre cette différence : un compte rendu de Reuters faisait état d’un carnet proche d’un milliard de dollars, tandis que la prévision de revenus QNX pour l’ensemble de l’exercice 2027 se situait entre 295 et 312 millions. Le premier chiffre couvre un potentiel pluriannuel et révisable ; le second concernait les revenus attendus sur un exercice précis.
Quatre ratios pour tester la thèse QNX

Le montant absolu du carnet renseigne moins que sa conversion en résultats. Quatre mesures permettent de distinguer une amélioration économique d’un simple changement de récit boursier :
- La croissance des revenus QNX : elle doit être ventilée entre redevances, licences de développement, services et Radar. Une progression tirée par les redevances issues des volumes produits n’a pas le même profil qu’un bond ponctuel des licences.
- La marge d’EBITDA ajusté de QNX : au premier trimestre 2027, 19,3 millions rapportés à 72,3 millions donnent environ 26,7 %. Une croissance accompagnée d’une marge stable ou croissante renforce davantage la thèse qu’une hausse absorbée par les dépenses.
- La conversion du carnet : il faut comparer l’évolution annuelle du carnet avec celle des redevances reconnues, sans inventer un taux de conversion précis lorsque BlackBerry ne publie pas les données nécessaires pour suivre une même cohorte de programmes.
- Le flux de trésorerie disponible consolidé : il n’était que de 1,7 million de dollars au premier trimestre 2027, contre 4,6 millions de flux opérationnel. Ce contrôle rappelle que l’EBITDA ajusté des segments n’est pas de la trésorerie disponible pour l’actionnaire.
La comparaison doit aussi intégrer Secure Communications. Son ARR, sa rétention nette en dollars, sa marge et la concentration des contrats contribuent encore fortement à la valeur du groupe. Une détérioration de cette division pourrait annuler une partie des progrès de QNX dans les comptes consolidés.
Une somme des parties plutôt qu’un multiple unique
La méthode la plus cohérente consiste à valoriser séparément QNX, Secure Communications et Licensing, puis à tenir compte de la trésorerie, des investissements, de la dette et des passifs pertinents. Appliquer à tout BlackBerry un multiple fondé sur QNX survaloriserait les activités plus lentes ; appliquer à QNX le multiple historique du groupe risquerait au contraire de masquer l’amélioration de son profil.
Le carnet peut justifier une prime seulement si plusieurs publications montrent la même séquence : progression des programmes estimés, hausse des redevances reconnues, maintien de la marge d’EBITDA et amélioration du flux de trésorerie. QNX change bien les ratios de BlackBerry, mais la revalorisation dépend de la conversion de ce potentiel estimé en revenus puis en liquidités, pas de la taille affichée du carnet.
À lire aussi:
Abonnez-vous à notre newsletter
Recevez directement les dernières actualités sur le Web3, l’IA et les cryptomonnaies.