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Finances

Nebius quintuple ses revenus, mais perd encore 190 millions de dollars

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|5 min de lecture| 20
Nebius quintuple ses revenus, mais perd encore 190 millions de dollars

Nebius Group a publié le 12 août 2026 ses résultats non audités du deuxième trimestre clos le 30 juin. L’annonce de résultats du groupe fait état de 582,3 millions de dollars de revenus, contre 105,1 millions un an plus tôt, soit une hausse de 454 %, ainsi que d’un EBITDA ajusté de 236,2 millions et d’une perte nette des activités poursuivies de 190,4 millions.

Le trimestre marque donc une nette amélioration opérationnelle, sans rentabilité comptable. Pour les détenteurs de l’action NBIS, l’enjeu n’est plus seulement la croissance de la demande pour le cloud d’intelligence artificielle : il consiste à déterminer si Nebius pourra convertir ses capacités nouvelles en ventes assez rapidement pour absorber les amortissements, le coût du financement et les autres charges exclues de son indicateur ajusté.

Des revenus multipliés par 5,5, mais deux mesures différentes du résultat

Nebius augmente la capacité opérationnelle de son cloud IA en mettant en service de nouveaux équipements de calcul.

Le bond du chiffre d’affaires montre que l’activité a changé d’échelle en un an. En revanche, il ne permet pas à lui seul de conclure que l’expansion crée déjà un bénéfice pour les actionnaires : une entreprise peut dégager une marge sur ses opérations courantes tout en restant déficitaire après la prise en compte de l’ensemble de ses charges.

Les tableaux financiers officiels de Nebius distinguent précisément le résultat net conforme aux normes comptables américaines de l’EBITDA ajusté, une mesure non-GAAP. Ce dernier retranche notamment des éléments qui restent bien supportés par l’entreprise, comme la dépréciation et l’amortissement des actifs, la rémunération en actions et certains coûts non récurrents.

Le passage à un EBITDA ajusté positif constitue ainsi un progrès tangible : les revenus couvrent désormais mieux les coûts opérationnels retenus par cet indicateur. Mais la perte nette de 190,4 millions de dollars rappelle que le seuil décisif pour l’actionnaire n’a pas encore été franchi. Nebius a atteint une rentabilité ajustée, pas une rentabilité nette.

Pourquoi la perte persiste malgré l’amélioration opérationnelle

Les équipements GPU, électriques et de refroidissement de Nebius illustrent les charges qui maintiennent le résultat net en perte.

Le décalage vient d’abord de la nature du cloud IA. Nebius doit financer les GPU, les serveurs, les réseaux, le raccordement électrique et le refroidissement avant que ces équipements puissent être loués à pleine capacité. Ces actifs sont ensuite amortis dans les comptes pendant leur utilisation, ce qui pèse sur le résultat même lorsqu’ils commencent à produire une marge opérationnelle.

L’EBITDA ajusté neutralise une partie de ce décalage et donne une vue de l’activité avant plusieurs charges comptables ou financières. Le résultat net répond à une autre question : ce qu’il reste après l’intégration de ces postes. Les deux indicateurs ne se contredisent donc pas ; ils décrivent des étapes différentes de la création de valeur.

La comparaison annuelle du résultat net doit également être maniée avec prudence. La base du deuxième trimestre 2025 avait bénéficié d’un gain de réévaluation lié à des participations financières. L’absence de ce soutien en 2026 accentue le contraste entre les deux périodes et empêche de lire la variation du résultat net comme le seul reflet de l’exploitation du cloud.

Les capacités futures ne deviennent pas immédiatement du chiffre d’affaires

Nebius construit et raccorde des capacités destinées à des contrats dont les revenus seront surtout reconnus ultérieurement.

La prochaine phase dépendra de l’exécution industrielle autant que de la demande commerciale. Une capacité contractualisée ou en construction n’est pas encore une capacité facturable : le site doit être achevé, alimenté, équipé, testé puis mis à la disposition du client avant que les revenus correspondants puissent être reconnus.

Ce calendrier crée un écart entre trois données qu’il faut suivre séparément : la puissance sécurisée, la puissance réellement déployée et les ventes comptabilisées. Des contrats signés peuvent offrir de la visibilité sans contribuer immédiatement au trimestre en cours. Inversement, les investissements nécessaires peuvent affecter la trésorerie et les comptes bien avant l’arrivée des recettes.

Les prépaiements de clients et le financement adossé aux équipements peuvent réduire la part de capital que Nebius doit mobiliser directement. Ils ne font toutefois pas disparaître les risques de retard de construction, de disponibilité énergétique, de hausse des coûts ou de dilution si le groupe doit lever davantage de fonds. La valeur économique des capacités annoncées dépendra donc de leur date réelle de mise en service et de leur taux d’utilisation.

La hausse de NBIS reflète des attentes, pas encore un bénéfice durable

La réaction boursière a privilégié l’accélération des ventes et l’EBITDA ajusté positif. Dans son compte rendu de la séance du 12 août, Kiplinger relève une progression de 34,1 % de NBIS après la publication.

Cette hausse indique que le marché attribue davantage de valeur à la croissance du cloud IA et aux capacités futures. Elle ne démontre ni que tous les projets seront livrés dans les délais, ni que leur rendement couvrira durablement le coût des actifs et du capital. Une valorisation portée par les perspectives peut aussi devenir plus sensible au moindre retard de déploiement ou ralentissement des commandes.

Les prochains résultats devront montrer si la progression de l’EBITDA ajusté se poursuit lorsque de nouveaux sites entrent en service, puis si elle finit par réduire la perte nette après amortissements, rémunérations en actions et charges financières. Au 12 août 2026, Nebius a établi la vigueur de sa croissance et l’amélioration de son exploitation ; la conversion de cette expansion en bénéfice net reste encore à prouver.

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