HIFI lève 37 M$ : les stablecoins visent désormais les marchés de capitaux

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|6 min de lecture| 1
HIFI lève 37 M$ : les stablecoins visent désormais les marchés de capitaux

Le 24 septembre 2026, HIFI, société fondée à New York, a annoncé une série A de 37 millions de dollars menée par Left Lane Capital. Le financement doit étendre son infrastructure de paiements en stablecoins aux cartes et au règlement de transactions portant sur des actifs tokenisés. Cette dernière ambition donne sa portée au tour de table : HIFI veut servir les marchés de capitaux, au-delà des transferts de fonds qu’elle traite déjà.

Le dirigeant Zach Walsh chiffre à environ 7 milliards de dollars le volume traité en rythme annualisé et ne divulgue pas la valorisation de HIFI, selon Cointelegraph. Le montant décrit des fonds qui passent par la plateforme, pas ses recettes. The Block décrit une infrastructure par API réunissant mouvement de fonds, conformité et règlement entre circuits bancaires et actifs numériques. La question est de savoir jusqu’où cette couche commune peut fonctionner dans des métiers soumis à des règles et à des partenaires différents.

Trois activités financées, un même enjeu de règlement

Les paiements restent le socle du projet. HIFI permet à des entreprises de faire circuler de la valeur entre stablecoins et circuits bancaires, notamment pour payer des bénéficiaires. Le financement doit aussi soutenir les produits liés aux cartes et l’extension vers les marchés de capitaux. Dans chaque cas, une valeur change de mains, mais ni le destinataire, ni l’actif, ni les contrôles nécessaires ne sont les mêmes.

Pour un paiement ordinaire, l’enjeu est d’acheminer les fonds, de les convertir si nécessaire et de les remettre au bénéficiaire par un circuit disponible. Une carte constitue une destination supplémentaire pour un versement, tandis qu’une opération sur titre tokenisé exige que le paiement corresponde au transfert de l’actif financier. Relier ces opérations dans une infrastructure peut réduire le nombre d’intégrations qu’un client doit construire. Cela ne transforme pas pour autant un produit de paiement en service de règlement de titres.

HIFI prévoit d’utiliser la levée pour demander des licences réglementaires supplémentaires, développer son équipe à New York et dans certains marchés internationaux, et travailler sur la garde et le contrôle des actifs. Ces projets précisent ce que finance la série A : une capacité technique, mais aussi les moyens d’exercer davantage de fonctions sous ses propres autorisations. L’obtention future de licences ne doit pas être confondue avec des autorisations déjà acquises dans chaque pays où un client pourrait vouloir opérer.

Visa Direct ouvre un débouché vers les cartes, sous conditions

Le volet cartes illustre concrètement le passage d’un stablecoin à un paiement utilisable hors de la blockchain. La page Push to Card de HIFI présente des versements financés en stablecoins vers des cartes Visa de débit ou de crédit éligibles, au moyen de Visa Direct, pour des entreprises américaines éligibles. Elle prévoit des contrôles d’identité, de sanctions et d’éligibilité avant le transfert, et propose une inscription pour être informé de la disponibilité du service. Cette présentation ne suffit donc pas à établir un accès général pour toutes les entreprises ou toutes les cartes.

La distinction entre l’entreprise qui envoie les fonds et la carte qui les reçoit est essentielle. Une carte éligible dans un pays ne signifie pas qu’une entreprise installée dans ce pays peut elle-même utiliser HIFI pour initier le versement. La couverture du réseau Visa et celle du service offert par HIFI répondent à des conditions différentes. De même, envoyer de l’argent vers une carte existante ne prouve pas que HIFI émet cette carte : les versements et les futurs produits de cartes doivent être évalués séparément.

La vitesse du transfert en stablecoins ne fixe pas non plus, à elle seule, le moment où les fonds deviennent disponibles sur la carte. La conversion, les contrôles préalables et l’acceptation par le circuit de paiement restent des étapes de l’opération. Pour HIFI, l’intérêt commercial est de les réunir dans un parcours de paiement ; sa portée réelle dépendra des entreprises admises, des cartes éligibles et des pays où le service pourra être fourni.

Le DTCC confirme une participation, pas un déploiement général

Sur les marchés de capitaux, HIFI dispose d’une référence institutionnelle précise. Dans son communiqué du 15 juillet 2026, le DTCC cite HIFI parmi les participants à des transactions réalisées en environnement de production avec des représentations tokenisées de titres conservés au DTC ; ces opérations comprenaient notamment des échanges de bons du Trésor américain et des pensions livrées contre paiement, avant le lancement du service de tokenisation alors prévu pour octobre 2026. Le communiqué établit la participation de HIFI à l’initiative, sans détailler la part exacte de chaque transaction traitée par sa plateforme.

Dans une opération contre paiement, le transfert du titre et celui des fonds doivent être coordonnés. C’est cette « jambe espèces » que HIFI cherche à servir lorsque des actifs financiers sont représentés sous forme de jetons. Le sujet dépasse la simple rapidité d’un transfert : l’identité des parties, la garde des titres, les droits attachés aux actifs et les règles de règlement doivent rester cohérents entre les systèmes utilisés.

Les transactions décrites par le DTCC montrent que des titres conservés dans une infrastructure de marché peuvent être représentés sous forme tokenisée et utilisés dans des opérations réelles. Elles ne démontrent ni que l’ensemble du marché a adopté ce mode de règlement, ni que HIFI détient déjà toutes les autorisations nécessaires pour offrir partout une prestation équivalente. La série A finance précisément une extension dans un domaine où la connexion aux circuits existants compte autant que la technologie des jetons.

Le volume annualisé ne mesure ni les revenus ni le succès des titres tokenisés

Le volume revendiqué par HIFI donne une indication de l’activité qui traverse sa plateforme, mais sa formulation laisse des questions ouvertes. Un rythme annualisé projette une cadence sur une année ; HIFI ne fournit pas, dans les informations publiées sur la levée, la période de référence ni la répartition entre types d’opérations. Cette donnée ne permet donc pas d’attribuer une part du flux aux cartes ou aux transactions institutionnelles.

Elle ne constitue pas davantage un chiffre d’affaires. Les fonds déplacés appartiennent aux opérations des clients ; les recettes de HIFI dépendraient des prix facturés, des services utilisés et de la part éventuellement conservée par ses partenaires. Deux plateformes capables de faire transiter un même montant pourraient ainsi avoir des revenus très différents. Sans données sur les commissions, les coûts et la composition des flux, le volume annualisé ne renseigne pas sur la rentabilité du modèle.

Le tour de table confirme des moyens nouveaux et une direction claire : prolonger une activité de paiements vers les cartes et le règlement d’actifs tokenisés. Les versements vers les cartes restent soumis à des critères d’accès, tandis que la participation aux opérations du DTCC ne décrit pas encore une offre de marché déployée à grande échelle. Les prochaines indications déterminantes seront les licences obtenues, la disponibilité effective de chaque service et des données distinguant volume traité, usage des produits et revenus.

À lire aussi:

Partager:

Abonnez-vous à notre newsletter

Recevez directement les dernières actualités sur le Web3, l’IA et les cryptomonnaies.

0