Emploi en France : 23 500 postes salariés perdus, l’indépendant compense

Au deuxième trimestre 2026, la France hors Mayotte a perdu 23 500 emplois salariés par rapport aux trois mois précédents, soit un recul de 0,1 %. Les résultats détaillés de l’Insee publiés le 28 août recensent parallèlement 33 500 emplois non salariés supplémentaires : l’emploi total gagne ainsi 10 000 postes, une variation arrondie à 0,0 %.
L’emploi ne recule donc pas dans son ensemble, mais cette stabilité masque des trajectoires opposées. Le salariat privé se contracte, la fonction publique reste pratiquement stable et le travail indépendant progresse assez pour compenser les pertes. Ces données mesurent des variations nettes d’effectifs en fin de trimestre, et non le seul nombre de licenciements.
Le privé reste orienté à la baisse sur un an

La faiblesse du salariat se concentre dans le secteur privé. Celui-ci perd 24 300 emplois au cours du trimestre et se situe 0,4 % sous son niveau de juin 2025, soit 80 900 postes de moins. Il s’agit du sixième trimestre consécutif de recul annuel, une durée qui écarte l’hypothèse d’une simple fluctuation isolée.
L’orientation était déjà visible dans l’estimation flash. La série trimestrielle de la Dares plaçait la variation du privé à -0,1 % entre mars et juin et à -0,4 % sur un an. Son premier calcul correspondait à 19 300 postes perdus pendant le trimestre, avant une révision à 24 300 dans les résultats détaillés.
La fonction publique suit une trajectoire différente : elle gagne seulement 800 emplois sur le trimestre, une variation arrondie à 0,0 %, et compte 8 500 postes de plus qu’un an auparavant. Cette stabilité limite légèrement la baisse du salariat total sans modifier le diagnostic concernant les entreprises privées.
Les 23 500 « postes perdus » représentent un solde entre les créations, les suppressions, les embauches et les départs. Le chiffre ne signifie pas que 23 500 personnes ont été licenciées : les effectifs salariés recensés à la fin de juin sont simplement inférieurs de ce montant à ceux de la fin de mars.
Les non-salariés empêchent une baisse de l’emploi total

L’emploi non salarié augmente de 0,9 % en trois mois et de 3,4 % sur un an. Avec 33 500 personnes supplémentaires au deuxième trimestre, sa progression dépasse la diminution du salariat. La France compte donc 10 000 personnes en emploi de plus qu’au trimestre précédent, un gain trop faible pour faire varier le taux global une fois arrondi.
Cette compensation est comptable, et non le signe d’une conversion directe des postes. Rien ne permet d’affirmer que les emplois salariés disparus ont été remplacés un à un par des activités indépendantes. Les deux séries portent sur des populations distinctes : les personnes liées à un employeur d’un côté, celles qui travaillent pour leur propre compte de l’autre.
La distinction change nettement la lecture de la conjoncture. Dire que « l’emploi est stable » décrit correctement le total, mais occulte la contraction persistante du salariat privé. Parler d’une baisse générale serait tout aussi trompeur, puisque la hausse des indépendants maintient le volume total d’emploi.
Cette composante demeure toutefois plus révisable que les autres. Pour le trimestre le plus récent, l’estimation de l’emploi non salarié repose sur une méthode expérimentale différente de celle appliquée aux périodes antérieures. Le gain mesuré au 28 août constitue donc l’état disponible des données, mais son ampleur pourra évoluer lors d’une prochaine publication.
Agriculture, construction et intérim concentrent les pertes

Le recul salarié n’est pas réparti uniformément entre les activités. Les chiffres sectoriels repris par Anadolu font apparaître 8 400 emplois de moins dans l’agriculture, notamment dans les activités liées à la vigne, 6 700 dans la construction et 2 600 dans l’industrie. L’intérim perd également 6 700 postes, tandis que l’hébergement-restauration en gagne 4 400.
Pour les candidats, la stabilité nationale ne signifie donc pas que les possibilités d’embauche évoluent partout de la même manière. Les activités qui concentrent les baisses peuvent offrir moins de renouvellements de contrats ou de nouvelles missions, tandis que certains services continuent d’augmenter leurs effectifs.
Le contraste apparaît aussi selon l’âge et le contrat. Sur un an, l’emploi salarié privé diminue de 1,4 % chez les 15-29 ans et de 1,0 % chez les 30-54 ans, mais augmente de 2,7 % parmi les salariés de 55 ans ou plus. L’alternance perd 49 200 postes sur la même période, ce qui pèse sur l’une des principales voies d’entrée des jeunes dans l’emploi.
Le taux national de 0,0 % constitue ainsi une moyenne entre des mouvements très différents. La situation est plus dégradée dans l’agriculture, la construction, l’intérim et l’alternance que ne le suggère ce résultat global, alors que l’emploi reste stable ou progresse dans d’autres segments.
Une stabilité nationale encore provisoire
Trois constats doivent finalement être distingués. L’emploi total ne diminue pas au deuxième trimestre, le salariat recule légèrement et le privé reste engagé dans une baisse annuelle persistante. La fonction publique contribue peu au solde trimestriel, tandis que les indépendants apportent l’essentiel de la compensation.
La prochaine publication détaillée, annoncée pour le 27 novembre 2026, permettra de savoir si cette divergence entre statuts se prolonge au troisième trimestre. Elle pourra également réviser l’estimation expérimentale des non-salariés. Une telle correction modifierait l’ampleur de la compensation, mais pas le recul salarié déjà mesuré entre mars et juin.
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