Claude détourné pour surveiller des dissidents : Anthropic détaille les outils

Le 10 septembre 2026, Anthropic a rendu publics plusieurs usages de Claude pour profiler des dissidents, automatiser des dossiers de renseignement et développer des systèmes de surveillance. Le rapport technique d’Anthropic couvre huit mois d’activités détectées entre décembre 2025 et août 2026, dans sept catégories de préjudices, et détaille des opérations liées notamment à la Chine, à l’Iran et au Mali.
Il ne s’agit pas d’une fonction de surveillance proposée par Claude, mais de détournements du modèle pour écrire du code, exploiter des données déjà collectées, classer des personnes et préparer des opérations clandestines. L’enquête d’Axios sur ces opérations recoupe l’implication d’utilisateurs liés à des autorités chinoises, iraniennes et maliennes, tout en soulignant que l’automatisation réduit le travail auparavant réparti entre plusieurs analystes. La dépêche de l’Associated Press confirme la publication et le blocage d’activités touchant à la surveillance, aux cyberattaques et aux recherches biologiques sensibles, sans constituer un audit indépendant des journaux internes.
Six opérations, des cibles et des effets différents

Les éléments accessibles permettent de distinguer la tâche confiée à Claude, les personnes visées, l’état du projet et la réponse appliquée au compte. Ils ne démontrent pas toujours qui contrôlait réellement l’opération ni ce qu’ont subi les personnes inscrites dans les fichiers.
- Réseaux ouïghours en Syrie : un acteur aligné sur les priorités du renseignement chinois a employé Claude pour transformer des conversations issues de groupes WhatsApp et de canaux Telegram en profils structurés. Le modèle a traduit des échanges, relevé des vulnérabilités personnelles et aidé à préparer des approches clandestines en arabe syrien. Le compte a été bloqué ; l’aboutissement des tentatives de recrutement reste inconnu, et le lien avec un service étatique direct n’est évalué qu’avec une faible confiance.
- Dissidence chinoise et diaspora : un groupe de comptes lié à des acteurs municipaux de la sécurité publique ou d’État a utilisé Claude Code et des outils personnalisés pour interroger une base de surveillance et produire des synthèses régulières. Les cibles comprenaient des pétitionnaires, des défenseurs des droits, des militants hongkongais, des organisateurs de commémorations de Tiananmen et des organisations ouïghoures établies à l’étranger. Les comptes ont été fermés, mais les conséquences individuelles ne sont pas documentées publiquement.
- Surveillance chinoise de l’« opinion publique » : une chaîne automatisée absorbait des articles étrangers et des contenus de réseaux sociaux, évaluait leur sensibilité politique, puis générait des notes sur des dissidents, des minorités, des médias et des organisations de défense des droits. L’opérateur est présenté avec un niveau de confiance moyen comme un prestataire au service de clients gouvernementaux. Les comptes liés à cette infrastructure ont été bannis.
- Surveillance intérieure en Iran : deux unités liées ont mobilisé Claude pour construire ou maintenir une extension Firefox malveillante, un outil associant des numéros de téléphone à des identités, une page de hameçonnage et l’interface d’un système de dossiers. Leur rattachement à des organismes paramilitaires et de sécurité intérieure est évalué avec une confiance élevée. L’extension avait déjà été mise en production lorsque les comptes et organisations associés ont été bloqués.
- Plateforme commerciale visant l’Iran et le Golfe : Claude a servi à construire un système classant et géolocalisant des utilisateurs de réseaux sociaux, puis à produire des profils, des personnages fictifs et des briefings. L’activité a été reliée à l’entreprise de renseignement commercial S2T Unlocking Cyberspace. Le compte a été fermé, mais les étapes opérationnelles ultérieures évoquées dans une enquête journalistique antérieure n’ont pas été établies par l’analyse technique publiée.
- Interception nationale au Mali : un consultant probablement installé à Bamako a utilisé Claude comme ressource d’ingénierie pour Lakana 360, une plateforme destinée au service malien de renseignement et conçue pour exploiter les communications des opérateurs mobiles nationaux. Le système pouvait produire un dossier à partir d’un numéro sans exiger la présentation d’une autorisation judiciaire. Le compte a été bloqué, mais la plateforme avait été déployée localement avec un autre modèle ; la fermeture n’a donc pas interrompu son exploitation hors des services de Claude.
Claude a surtout accéléré des chaînes de surveillance existantes

Le changement observé tient moins à une capacité de surveillance entièrement nouvelle qu’à la concentration de plusieurs métiers dans un même outil. Claude a été employé comme développeur, traducteur, analyste de données ouvertes et rédacteur de notes de renseignement. Un employé isolé ou un prestataire pouvait ainsi automatiser une partie du travail autrefois partagé entre des équipes techniques et analytiques.
Les résultats restent très inégaux. Dans l’opération visant les réseaux ouïghours, les échanges montrent la préparation de messages et leur adaptation au profil psychologique des cibles, mais pas le succès final du recrutement. Dans le dossier commercial concernant l’Iran et le Golfe, la génération de profils et de faux personnages est visible, sans preuve publique que ceux-ci aient effectivement gagné la confiance des personnes visées.
Les mécanismes de sécurité de Claude ont parfois refusé les demandes les plus explicites, notamment certains travaux de profilage ou de production de rapports répressifs. Ils ont cependant laissé passer des tâches présentées séparément comme du développement logiciel, de la traduction ou de la classification. C’est leur assemblage dans une même infrastructure qui a révélé la finalité de surveillance.
Cette distinction est importante pour évaluer le risque. Les journaux de conversation peuvent établir que le modèle a produit du code ou analysé un fichier ; ils ne prouvent pas automatiquement que le logiciel a été installé, que les données étaient exactes ou qu’une mesure coercitive a suivi. Les cas de l’extension iranienne mise en production et du système malien déployé localement fournissent des indices plus avancés que les projets restés au stade de la préparation.
Les blocages arrêtent l’accès à Claude, pas nécessairement les outils

Les mesures publiées comprennent la fermeture des comptes reliés aux opérations, l’intégration de leurs comportements aux systèmes de détection et, selon les dossiers, le partage d’indicateurs avec des autorités ou des partenaires spécialisés. Leur portée s’arrête toutefois à l’écosystème du fournisseur : elles ne suppriment ni les données déjà collectées ni les programmes exportés vers une infrastructure extérieure.
Le niveau de preuve est le plus solide pour les éléments visibles depuis les services de Claude : requêtes, réponses, fichiers de travail, code et liens techniques entre comptes. L’identité civile des opérateurs, leur rattachement institutionnel et l’effet réel sur les personnes ciblées dépendent d’analyses d’attribution dont le degré de confiance varie. Les comptes rendus de presse contextualisent la publication, mais n’apportent pas d’accès indépendant aux données internes sur lesquelles reposent ces conclusions.
Au 13 septembre 2026, plusieurs chaînes de surveillance utilisant Claude sont donc documentées par leur fournisseur et leurs comptes ont été désactivés. La persistance du système malien hors de la plateforme montre néanmoins qu’un blocage tardif ne suffit pas toujours à neutraliser un outil déjà construit. L’ampleur humaine des autres opérations, l’identité exacte de certains commanditaires et les suites données par les autorités restent à établir indépendamment.
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