
ANote lève 2 M€ : la liquidité reste le vrai risque des royalties

La société luxembourgeoise ANote Music a annoncé le 29 septembre 2026 la clôture d’un tour de 2 M€ mené par Seventure Partners, aux côtés de ScaleFund et d’investisseurs déjà présents à son capital. Elle destine ces fonds à l’arrivée de nouveaux catalogues, à l’acquisition d’utilisateurs en Europe et au développement de sa plateforme et de son application. Pour l’acheteur d’une part de royalties, le financement de la société ne garantit toutefois ni les revenus futurs du catalogue ni la possibilité de revendre cette part au prix souhaité.
Au lendemain de l’annonce, FrenchWeb rapportait les chiffres communiqués par ANote Music : plus de 100 000 chansons représentées, plus de 52 000 comptes utilisateurs et plus de 28 M€ de transactions cumulées. Ces totaux décrivent l’activité de la place de marché. Ils n’indiquent pas combien d’ordres d’achat sont disponibles pour une participation donnée, ni le temps nécessaire à sa revente.
Ce que le financement doit développer
ANote cherche à faire croître simultanément l’offre de catalogues et la demande des investisseurs. Davantage de titulaires de droits peuvent apporter des revenus musicaux à mettre aux enchères ; davantage d’acheteurs peuvent se disputer ces droits lors de leur première vente. La plateforme doit aussi assurer la distribution des royalties perçues et organiser les échanges entre investisseurs après l’enchère initiale.
Ces activités n’avancent pas forcément au même rythme. Un catalogue supplémentaire élargit le choix à l’achat, sans attirer automatiquement des acquéreurs pour toutes les participations déjà détenues. De même, un compte ouvert ne correspond pas à un ordre d’achat actif à chaque prix proposé. La levée finance le développement d’ANote ; le résultat d’un placement dépend des droits achetés, des recettes qu’ils produiront et, en cas de vente, du prix qu’un autre investisseur acceptera de payer.
Le modèle réunit ainsi deux échanges différents sur une même plateforme. Lors de l’enchère primaire, un titulaire de droits obtient un prix pour une fraction de revenus futurs. Sur le marché secondaire, un investisseur cherche un acheteur pour une participation acquise auparavant. Accroître le nombre de transactions initiales peut aider à faire connaître ce marché, mais la liquidité d’une position existante se joue au moment où son détenteur veut sortir.
Une enchère donne accès à des recettes définies
À l’achat primaire, l’investisseur acquiert un droit à percevoir une part des royalties associées à un catalogue selon les conditions de l’offre. Il ne devient pas propriétaire de l’artiste ni de toutes les exploitations d’une chanson. Les recettes peuvent provenir de l’enregistrement, de l’édition, de la diffusion ou d’une synchronisation dans une œuvre audiovisuelle ; les contrats déterminent quels flux sont compris dans la participation vendue.
Cette délimitation change ce que vaut un historique de revenus. Deux catalogues ayant encaissé des montants semblables peuvent exposer leurs acheteurs à des droits, des territoires ou des durées différents. La notoriété d’un interprète ne suffit donc pas à décrire l’actif proposé : il faut que les usages de la musique continuent à produire les recettes auxquelles la participation donne effectivement droit.
Le prix d’adjudication fixe aussi le point de départ du rendement. À revenus futurs identiques, payer plus cher réduit le rendement rapporté à la somme investie. Les distributions reçues au fil du temps constituent des encaissements ; un prix demandé pour la participation sur le marché secondaire reste une intention de vente jusqu’à ce qu’un acheteur l’accepte. Si le détenteur vend, son résultat dépend alors des royalties déjà perçues, du prix de sortie et des frais applicables.
Pourquoi les revenus passés ne fixent pas les suivants
La valorisation initiale tente de distinguer une activité durable d’une hausse ponctuelle. Dans un entretien accordé à Silicon Luxembourg, les cofondateurs disent retenir le plus faible montant de royalties annualisées observé sur 12, 24 ou 36 mois et résument leur prudence ainsi : « We would rather list fewer catalogues than list ones we cannot stand behind. » Cette méthode peut limiter l’effet d’un pic de revenus sur le prix de départ. Elle ne rend pas les versements futurs réguliers.
Un titre peut être davantage écouté pendant une période, puis perdre de l’audience. Une synchronisation peut apporter une recette exceptionnelle sans se répéter. Les revenus dépendent également des conditions d’exploitation et de la portée des droits cédés. Un historique est donc une base pour apprécier le catalogue, tandis que le rendement accessible à son acheteur dépend de recettes encore à venir et du prix réellement payé.
La valeur de revente peut évoluer autrement que les royalties distribuées. Même si un catalogue continue de verser des revenus, les acheteurs peuvent exiger un prix plus bas s’ils anticipent une baisse des recettes ou souhaitent un rendement supérieur. À l’inverse, une participation affichée à un prix élevé ne procure aucun gain de cession tant qu’elle ne trouve pas preneur.
Le carnet d’ordres doit encore trouver sa profondeur
ANote exploite un carnet d’ordres secondaire dans lequel les détenteurs peuvent proposer leurs participations à la vente. Le dispositif rapproche des offres de vente et des offres d’achat portant sur un même actif. Pour qu’une transaction se réalise, leurs prix doivent se rejoindre et la demande doit être suffisante pour absorber la quantité proposée. Faute d’acheteur à son prix, un vendeur peut attendre ou accepter une décote.
La liquidité varie donc potentiellement d’un catalogue à l’autre et d’un moment à l’autre. Le montant cumulé négocié sur l’ensemble de la plateforme agrège des opérations différentes : il ne renseigne pas, à lui seul, sur les échanges secondaires d’une participation précise. Les données décisives seraient le volume des ventes exécutées sur ce marché, leur délai et l’écart entre les prix demandés et offerts.
L’élargissement annoncé du catalogue et de la clientèle aura un effet concret pour les détenteurs si des acheteurs restent présents après les premières enchères. En attendant des données distinctes sur les reventes, un investisseur peut percevoir des royalties tout en devant patienter pour céder sa participation, ou accepter un prix qui réduit le rendement obtenu.
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