
YouTube en Allemagne : 39 % des adeptes de Shorts évitent Reels et TikTok

Le YouTube Festival 2026 s’est tenu à Berlin le 3 septembre. Un compte rendu de Horizont décrit quatre scènes, plus de vingt sessions et environ 1 500 invités issus du marketing, des médias et de l’économie des créateurs.
Le chiffre saillant concerne toutefois l’audience : 39 % des utilisateurs allemands de YouTube Shorts âgés d’au moins 18 ans n’utiliseraient ni TikTok ni Instagram Reels. La présentation publiée par OMR le 27 août attribue ce résultat à GWI, pour l’Allemagne en septembre 2025, et affiche une base de 11 942 490 utilisateurs ; elle cite séparément une enquête Google/Kantar menée début 2026 auprès de 940 utilisateurs de YouTube et de 2 500 personnes regardant des vidéos chaque semaine.
Ce que les 39 % mesurent réellement

Le bilan officiel publié le 4 septembre reprend les 39 %, revendique 57,5 millions d’utilisateurs mensuels de YouTube en Allemagne et fait état de près de 2 000 professionnels présents au festival. Sa note méthodologique rattache précisément le premier taux aux utilisateurs allemands de Shorts âgés d’au moins 18 ans, sur la base de données GWI de septembre 2025.
Il ne s’agit donc pas de 39 % de la population allemande, ni de 39 % de l’ensemble des utilisateurs de YouTube. Le dénominateur est une population adulte utilisant Shorts ; à l’intérieur de ce groupe, la mesure signale l’absence d’usage de TikTok et d’Instagram Reels.
Le verbe « évitent » du titre doit être compris dans ce sens limité : les personnes concernées ne déclarent pas utiliser les deux formats concurrents. Les pages accessibles ne documentent ni un refus volontaire, ni leurs motivations, ni leur fréquence de consultation de Shorts. Elles ne permettent pas davantage d’affirmer que ces utilisateurs délaissent toutes les autres fonctions d’Instagram.
La valeur présentée comme « n = 11 942 490 » paraît désigner une base ou une population pondérée, et non nécessairement autant de répondants individuels. Faute d’accès au questionnaire, au volume brut de l’échantillon et aux règles de pondération de GWI, il serait imprudent de lui attribuer une précision méthodologique que les publications ne fournissent pas.
Les 57,5 millions de Gemius couvrent un autre périmètre

La portée mensuelle attribuée à Gemius concerne YouTube dans son ensemble en Allemagne, parmi les personnes âgées d’au moins 16 ans, en janvier 2026. Elle ne mesure ni l’audience propre à Shorts ni son chevauchement avec TikTok et Reels.
Les deux résultats diffèrent donc sur quatre plans : l’organisme, la période, l’âge minimal et l’univers observé. Appliquer le taux GWI à la portée Gemius pour calculer un nombre d’utilisateurs « exclusifs » de Shorts mélangerait deux bases qui ne sont pas alignées.
L’écart entre les estimations de fréquentation du festival appelle la même prudence. YouTube évoque près de 2 000 professionnels, tandis que Horizont parle d’environ 1 500 invités. Ces chiffres peuvent correspondre à des catégories différentes — participants, invités ou personnes effectivement présentes — mais les pages consultées ne donnent pas de définition permettant de les réconcilier.
Nielsen et Kantar ne valident pas le taux de non-chevauchement
Les données Nielsen et Ekimetrics citées autour du festival portent sur le rendement publicitaire, pas sur la taille de l’audience. Elles regroupent 126 études allemandes de modélisation du mix marketing réalisées entre 2023 et 2025, avec des comparaisons entre YouTube et la télévision ou les réseaux sociaux payants. Les moyennes sont pondérées par les dépenses, et les partenaires n’ont pas fourni le même nombre d’observations.
Les gains de rendement revendiqués pour les publicités avec des créateurs décrivent ainsi les configurations complètes incluses dans ces études. Ils ne constituent pas un test isolé de Shorts et n’apportent aucune confirmation indépendante aux 39 % issus de GWI.
Kantar répond encore à une autre question : la confiance déclarée envers les plateformes vidéo. Son enquête allemande « Future of Video », réalisée du 9 février au 10 mars 2026 auprès d’adultes de 18 à 64 ans, place YouTube en tête pour 75 % des utilisateurs interrogés face à dix acteurs concurrents. Cette mesure de perception ne peut être fusionnée ni avec une portée mensuelle ni avec une absence d’usage déclarée.
Une audience distincte en Allemagne, sans preuve pour les pays voisins

La conclusion défendable est étroite mais utile : en Allemagne, TikTok et Instagram Reels ne recouvrent pas entièrement la population adulte utilisant Shorts. Une comparaison de couverture entre ces environnements est donc légitime ; les traiter d’emblée comme des inventaires interchangeables ne l’est pas.
Le résultat ne démontre cependant pas que l’ajout de Shorts produira automatiquement une hausse déterminée de couverture ou de performance. Il manque notamment la fréquence d’usage, l’exposition publicitaire réelle, la ventilation démographique et une description complète du questionnaire.
Rien ne permet non plus de transposer les 39 % à la France, à la Belgique ou à la Suisse. Une comparaison européenne solide demanderait des mesures nationales portant sur la même période, les mêmes tranches d’âge et la même définition de l’usage de Shorts, TikTok et Reels.
À ce stade, le bilan du festival confirme donc une audience allemande de Shorts partiellement distincte, mais pas une exclusivité absolue ni une préférence causale. Les publications disponibles ne donnent pas les données détaillées qui permettraient d’étendre cette conclusion à d’autres marchés européens.
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