Crise cyber : un PRA inutile si les contacts disparaissent avec le réseau

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|6 min de lecture| 1
Crise cyber : un PRA inutile si les contacts disparaissent avec le réseau

Pour qu’un plan de reprise d’activité (PRA) puisse être activé pendant une crise cyber, les responsables doivent pouvoir se joindre et décider sans la messagerie, l’annuaire ou les outils collaboratifs touchés. Les recommandations de l’ANSSI associent le PRA à une capacité de réponse utilisable même lorsque les moyens informatiques et de communication habituels sont perdus.

La préparation tient dans un dispositif accessible hors ligne : les contacts à mobiliser, les pouvoirs de décision et leurs remplaçants, les canaux de secours, puis les priorités de reprise. Le guide opérationnel de l’ANSSI, structuré en 18 fiches, recommande notamment un annuaire de crise et des procédures stockés hors ligne, ainsi que des moyens de communication alternatifs identifiés et testés. Sans ces éléments, une séquence de restauration peut être techniquement prévue, mais personne ne parvient à réunir les acteurs chargés de la lancer.

Un annuaire accessible lorsque le réseau tombe

La liste de crise doit être utilisable sans ouvrir le répertoire d’entreprise ni chercher un ancien courriel. Prévoyez une copie hors ligne à un emplacement connu des personnes qui peuvent déclencher l’alerte, avec une règle de mise à jour et de retrait des versions périmées. Sa protection compte aussi : des coordonnées personnelles et des contacts de prestataires ne doivent pas devenir librement accessibles sous prétexte de disponibilité.

Pour chaque fonction essentielle, inscrivez un titulaire, un remplaçant, un moyen de contact indépendant des outils internes et la personne à prévenir ensuite. L’annuaire doit couvrir la direction, les responsables des activités prioritaires, les équipes informatiques et cyber, la communication et les fonctions de soutien effectivement mobilisables. Ajoutez les prestataires de réponse à incident ou d’infogérance, les fournisseurs nécessaires à la reprise et les interlocuteurs externes que votre situation pourrait imposer de joindre.

Une seule copie ne suffit pas si son détenteur est absent ou si le lieu où elle se trouve devient inaccessible. Définissez donc qui conserve chaque exemplaire et comment les corrections sont répercutées sur tous. Lors d’un changement de poste ou de prestataire, vérifiez à la fois le nom, le numéro de secours et la possibilité réelle de joindre la personne hors du système d’information.

Des décisions possibles sans attendre le bon titulaire

La chaîne d’alerte doit distinguer le signalement d’un incident, l’activation de la cellule de crise et les décisions qui engagent l’activité. Définissez des critères adaptés à vos services : interruption d’une fonction essentielle, extension possible de l’incident ou impossibilité de travailler selon les procédures normales. Les personnes susceptibles de recevoir la première alerte doivent savoir qui appeler et à partir de quel constat elles peuvent mobiliser la cellule.

Une fiche de délégation précise qui active la cellule, qui arbitre le maintien ou l’arrêt d’une activité et qui pilote les opérations techniques. Pour chaque rôle, désignez un remplaçant et l’étendue de son pouvoir. Si le titulaire est injoignable, la simple présence d’un nom de secours ne résout rien lorsque ce remplaçant ne peut autoriser aucune action.

Prévoyez une main courante utilisable sans réseau. Elle distingue les faits établis des hypothèses et consigne l’heure des alertes, les décisions, leurs responsables et le prochain point de situation. Ce suivi donne à une relève ou à un prestataire arrivant plus tard une base commune, tout en limitant la circulation d’instructions incompatibles par plusieurs canaux.

Des canaux de secours associés à chaque destinataire

Choisissez les moyens alternatifs selon la panne envisagée, puis essayez-les avec leurs véritables destinataires. Un téléphone mobile peut aider si la téléphonie interne dépend du réseau touché ; il ne résout pas une liste de numéros inaccessible. Une adresse externe peut être utile si la messagerie d’entreprise tombe, à condition que les personnes concernées disposent déjà des accès et connaissent les règles applicables aux échanges sensibles.

Le guide de communication de crise de l’ANSSI propose de préparer les annuaires, les modes de communication dégradés et les messages pour des scénarios où Internet, les courriels ou le téléphone peuvent manquer. Traduisez cette préparation en une fiche par public : canal à utiliser, solution de repli, personne autorisée à parler et mode de validation du message.

Les salariés ont d’abord besoin de consignes sur leur travail et les services à éviter ; les clients et partenaires ont besoin de connaître l’effet de l’interruption sur leurs échanges avec l’organisation. Le premier message doit séparer ce qui est confirmé de ce qui reste en cours d’évaluation et annoncer le prochain point de situation. Une heure de rétablissement ne devrait être communiquée qu’après une estimation technique suffisamment solide.

Un ordre de reprise fondé sur les activités et leurs dépendances

Demandez aux responsables métiers quels services doivent continuer, combien de temps chaque activité peut être interrompue et quel fonctionnement dégradé reste acceptable. Rapprochez ensuite ces besoins de la cartographie technique conservée hors ligne. Un service prioritaire peut dépendre d’identités, de postes, du réseau ou d’une application intermédiaire qu’il faut rétablir avant lui.

La séquence de reprise doit relier chaque activité à ses prérequis, à l’équipe qui restaure les composants et à la personne qui autorise le retour en production. Précisez aussi le moment où le métier valide que le service remplit de nouveau sa fonction. Cette validation évite de confondre une application qui démarre avec une activité réellement reprise.

Une sauvegarde disponible ne donne pas, à elle seule, une heure fiable de réouverture. Il faut examiner l’état des données, l’environnement dans lequel elles seront restaurées et le risque de réintroduire la compromission. Pendant cette vérification, la cellule maintient les activités concernées en mode dégradé et adapte ses messages à l’avancement réel de la reconstruction.

Un exercice sur table centré sur la première journée

Pour un exercice fictif, supposez que la messagerie, l’annuaire et l’espace collaboratif deviennent indisponibles au même moment. Donnez aux participants uniquement les copies et moyens de secours prévus. Ils doivent pouvoir déclencher l’alerte, joindre un décideur puis son remplaçant, mobiliser le prestataire utile et choisir les activités à maintenir avant d’aborder la restauration.

Introduisez ensuite un empêchement concret : un contact ne répond pas, un canal de secours échoue ou une application prioritaire dépend d’un composant encore indisponible. Notez quelle décision peut être prise avec les informations accessibles, qui possède l’autorité nécessaire et comment la consigne atteint les équipes concernées. L’exercice éprouve ainsi les liens entre annuaire, délégations, communication et PRA.

Chaque blocage doit produire une correction précise : remplacer un numéro, attribuer une délégation, éprouver un autre canal ou modifier l’ordre de restauration. Désignez la personne chargée de cette correction et rejouez l’étape concernée avec les seules ressources hors ligne. C’est à ce moment que le dispositif montre s’il peut être engagé malgré la perte des outils habituels.

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