
Signal ou WhatsApp : le même chiffrement ne protège pas les mêmes données

Pour limiter les informations confiées à l’exploitant d’une messagerie, Signal offre le cadre le plus sobre. Les conditions et la politique de Signal décrivent des messages et appels toujours chiffrés de bout en bout, des données techniques limitées au fonctionnement du service et l’absence de vente ou de monétisation des données personnelles. Signal y est également présenté comme une organisation à but non lucratif qui accepte les dons.
WhatsApp chiffre aussi le contenu des conversations personnelles, mais la protection du message ne couvre pas toutes les données liées à son utilisation. Sa politique de confidentialité pour la région européenne décrit notamment des informations sur l’activité, les appareils et la connexion, ainsi que des sauvegardes dont le chiffrement se règle séparément. Pour choisir, il faut distinguer ce que voit le service, ce que peut lire le destinataire et ce qui reste dans une copie de l’historique.
Ce que protège le chiffrement de bout en bout
Dans les conversations personnelles, Signal et WhatsApp empêchent l’exploitant de lire le contenu des messages pendant leur acheminement. Chez WhatsApp, cette protection couvre aussi les appels et les médias envoyés dans les messages. Les applications doivent néanmoins disposer de certaines informations pour créer un compte, établir une connexion et remettre un message à son destinataire.
La protection s’arrête à une frontière simple : le destinataire reçoit le contenu sous une forme lisible. Il peut conserver une conversation, en faire une capture ou la transmettre ailleurs. De même, une personne qui accède à un téléphone déverrouillé peut lire les échanges présents sur cet appareil. Le chiffrement protège donc le trajet et le stockage prévu par le service, sans contrôler ce que font ensuite les participants ni sécuriser à lui seul leurs téléphones.
Cette distinction compte aussi lorsqu’un participant signale un échange abusif. Une copie qu’il choisit de communiquer peut sortir de la conversation privée sans que le chiffrement ait été rompu. La confidentialité dépend alors de l’accès accordé par une personne qui possédait déjà le message, et non de la capacité du fournisseur à déchiffrer les conversations de tous ses utilisateurs.
Les données visibles autour d’un message

Le contenu et les données d’usage suivent des règles différentes. Signal demande un numéro de téléphone pour ouvrir un compte. Il conserve temporairement les messages chiffrés destinés à un appareil hors ligne et utilise des éléments techniques nécessaires à leur livraison, comme des jetons et des clés. Ce périmètre restreint n’équivaut pas à une absence totale de données chez le service.
Pour les comptes régis par sa politique européenne, WhatsApp décrit un ensemble plus large : numéro et informations de compte, contacts transmis lorsque cette fonction est utilisée, appartenance à des groupes, horaires et fréquence d’activité, fonctions utilisées, données sur l’appareil et adresse IP. Certaines de ces informations servent à afficher la présence, à faire fonctionner les appels ou à diagnostiquer les problèmes. Les catégories publiées permettent de comprendre ce que le service peut traiter ; elles ne constituent pas, à elles seules, un relevé permanent de chaque conversation.
Les autres participants forment une autre catégorie d’acteurs. Selon les réglages, ils peuvent voir une photo de profil, une présence en ligne ou une confirmation de lecture. Dans un groupe, les membres connaissent aussi les participants avec lesquels ils échangent. Ces informations ne deviennent pas invisibles parce que le texte des messages est chiffré.
Le périmètre du destinataire s’élargit parfois dans une conversation WhatsApp avec une entreprise : plusieurs personnes chez celle-ci peuvent accéder au contenu reçu, et elle peut confier la gestion de ses échanges à un prestataire, éventuellement une société de Meta. Cela ne signifie pas que Meta lit toutes les conversations personnelles. Cela signifie que, pour un message adressé à une entreprise, il faut aussi tenir compte des personnes et des outils auxquels cette entreprise donne accès après réception.
Les sauvegardes créent une copie à protéger

Une sauvegarde conserve l’historique au-delà de l’échange initial. Sur WhatsApp, elle peut être placée dans un compte Google, iCloud ou, selon les options disponibles, un espace de stockage WhatsApp. Le chiffrement de bout en bout de cette copie est une option distincte de celui des messages : vérifier que les conversations sont chiffrées pendant l’envoi ne renseigne pas sur l’état de leur sauvegarde.
Si vous gardez un historique WhatsApp, ouvrez les paramètres de sauvegarde des discussions et regardez où il est stocké, si le chiffrement de bout en bout est activé et quelle méthode permet sa restauration. Ces choix déterminent la protection de la copie et votre capacité à la retrouver après la perte ou le remplacement du téléphone. Une sauvegarde utile dont le moyen de récupération a été perdu peut devenir inaccessible à son propriétaire.
Signal propose lui aussi une sauvegarde sécurisée facultative. Sa documentation sur les sauvegardes sécurisées indique que l’archive est chiffrée de bout en bout, que sa clé de récupération n’est pas transmise au service et que l’option gratuite inclut les messages texte ainsi que les médias des 45 derniers jours. Sans la clé, Signal ne peut pas restaurer cette archive. La fonction doit avoir été activée avant qu’un ancien appareil ne soit perdu ou remplacé.
Le compromis est concret dans les deux applications. Conserver une copie facilite la récupération des conversations, mais ajoute un endroit où l’historique doit rester protégé. Ne pas en créer évite cette copie supplémentaire, tout en exposant l’utilisateur à la perte de ses anciens messages. Le bon réglage dépend donc de la valeur de l’historique autant que de la façon dont la clé ou le mot de passe de récupération sera conservé.
Quel service choisir selon le risque ?
- Limiter les données connues du fournisseur : Signal est le choix le plus cohérent si vos correspondants peuvent l’utiliser. Son fonctionnement décrit moins de catégories de données d’usage, et son modèle ne repose pas sur leur monétisation.
- Échanger avec des proches déjà sur WhatsApp : le contenu des conversations personnelles bénéficie du chiffrement de bout en bout. Les réglages de visibilité du profil, de présence et de sauvegarde deviennent les points décisifs pour la confidentialité au-delà du message.
- Parler à une entreprise ou utiliser un appareil partagé : identifiez surtout qui peut lire le contenu après sa réception. Le choix de l’application ne retire pas l’accès déjà accordé aux employés, aux prestataires ou aux personnes capables d’ouvrir le téléphone.
Ces profils ne donnent pas un classement universel. Ils situent la décision à la bonne couche : données détenues par le fournisseur, copie de l’historique ou accès au message reçu. Pour une conversation sensible, la sécurité des appareils et la confiance envers le destinataire restent déterminantes, quelle que soit l’application choisie.
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