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L’érosion côtière déplace 660 000 tonnes de carbone par an vers l’océan

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|6 min de lecture| 8
L’érosion côtière déplace 660 000 tonnes de carbone par an vers l’océan

Le 24 août 2026, la NASA a présenté une étude selon laquelle l’érosion des marais côtiers, du Texas au Maine, transfère environ 660 000 tonnes métriques de carbone organique par an vers l’océan. Le compte rendu de la NASA situe l’analyse sur les côtes américaines de l’Atlantique et du golfe du Mexique et chiffre la perte nette centrale à environ 380 000 tonnes par an après prise en compte des nouveaux marais.

Le résultat mesure avant tout un transfert latéral de carbone contenu dans les sols et la végétation, de la terre vers les eaux côtières. Il ne signifie pas que la même masse est immédiatement rejetée dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone. Cette différence entre carbone déplacé, export net et émission atmosphérique est essentielle pour interpréter le chiffre annoncé.

660 000 tonnes déplacées, 380 000 tonnes nettes

Érosion d’un marais et formation d’une nouvelle surface végétalisée illustrant le flux brut et sa compensation partielle.

L’estimation brute comptabilise le carbone organique mobilisé lorsque des surfaces de marais deviennent de l’eau, entièrement ou partiellement. Les sols riches en matière organique et les débris végétaux quittent alors le réservoir terrestre pour entrer dans le système côtier marin.

Une partie de cette perte est compensée ailleurs par l’apparition de nouvelles surfaces de marais, susceptibles d’enfouir du carbone si elles se végétalisent et se stabilisent. L’étude évalue cet enfouissement à environ 220 000 tonnes par an et obtient une médiane d’export net proche de 380 000 tonnes. Ce dernier résultat provient de la distribution des simulations et ne correspond donc pas à une simple soustraction des deux médianes arrondies.

Les marges d’incertitude sont larges. L’estimation brute de 660 000 tonnes est assortie d’un intervalle de confiance à 68 % allant de 460 000 à 910 000 tonnes ; pour l’export net, l’intervalle s’étend d’environ −12 000 à 753 000 tonnes et englobe donc légèrement zéro. Ces valeurs publiées dans l’article de Communications Earth & Environment montrent que le flux d’érosion est bien identifié, tandis que son bilan après compensation reste beaucoup moins précisément contraint.

Des observations Landsat sur la période 1985-2022

Suivi d’un marais côtier par observations Landsat et mesures lidar sur la période 1985-2022.

Les chercheurs ont combiné des cartes de changement des zones humides issues des séries Landsat avec des estimations de la profondeur des sols érodés fondées sur l’altitude. L’analyse couvre 38 années, de 1985 à 2022, et distingue trois formes de recul : conversion brutale d’un marais en eau, dégradation partielle progressive et conversion progressive complète.

Les surfaces disparues ne suffisent pas, à elles seules, à révéler une masse de carbone. L’équipe les a associées à la profondeur estimée du sol, à sa teneur en carbone organique et à un facteur représentant la fraction mobilisée vers l’océan plutôt que redéposée immédiatement sur le fond. Une simulation de Monte-Carlo a ensuite propagé les incertitudes de ces différentes entrées.

La précision dépend surtout du taux d’enfouissement dans les nouveaux marais, de la teneur en carbone des sols et de la profondeur réellement érodée. Les auteurs signalent aussi des limites liées aux erreurs verticales des données lidar, à la représentation de quelques sites à l’échelle de grandes régions et à la détection des changements de couverture côtière.

Un transfert vers l’océan, pas une émission directe

Le trajet quantifié va du marais vers l’océan. Une fois mobilisé, le carbone organique peut être transporté dans les eaux côtières, se redéposer dans des sédiments ou être transformé par des processus biologiques et chimiques. Une fraction peut finir par revenir dans l’atmosphère, mais l’étude ne suit pas séparément toutes ces destinations.

Assimiler la totalité du flux brut à des émissions immédiates de CO₂ ajouterait donc une conclusion que les mesures ne permettent pas. L’analyse ne quantifie pas non plus les flux de carbone inorganique dissous ou d’alcalinité, deux composantes susceptibles d’influencer la réponse biogéochimique de l’océan côtier.

Le déplacement reste néanmoins important pour le cycle du carbone : il retire de la matière organique à un réservoir terrestre durable et l’introduit dans un milieu où son devenir dépend de l’enfouissement, de la décomposition et des conditions chimiques. Les budgets qui traitent séparément les continents et l’océan risquent ainsi de négliger une voie de circulation située précisément à leur frontière.

Le delta du Mississippi pèse lourd dans le résultat

Marais du delta du Mississippi submergés et fragmentés après un ouragan, avec déplacement de matière organique vers l’eau.

Le flux varie fortement dans l’espace et dans le temps. Une synthèse publiée par Phys.org relève des accélérations de l’érosion dans le delta du Mississippi après les ouragans Katrina et Ida ; cette région, qui possède la plus grande superficie de marais du pays, a déplacé davantage de carbone côtier que l’ensemble du littoral oriental étudié.

À l’échelle des deux façades maritimes, la côte du golfe représente environ les deux tiers du flux de carbone attribué à l’érosion des marais. Les épisodes de conversion brutale y produisent des sauts visibles dans la série temporelle, tandis que les estimations d’enfouissement dans les nouvelles surfaces évoluent plus régulièrement.

Ce poids régional interdit d’extrapoler directement le résultat au reste du monde. L’étude ne couvre ni tous les types de zones humides ni toutes les côtes, et elle examine uniquement le carbone organique mobilisé par les marais des façades atlantique et du golfe du Mexique des États-Unis.

Le devenir du carbone demeure la principale inconnue

Le résultat le plus robuste est l’existence d’un transfert latéral assez important pour être intégré aux budgets côtiers. En revanche, l’estimation nette dépend fortement de l’enfouissement supposé dans les nouveaux marais, lesquels doivent rester végétalisés et stables pour conserver durablement ce carbone.

Il reste aussi à déterminer quelle fraction du carbone exporté est enfouie en mer, combien de temps elle circule dans l’eau et les sédiments, et quelle part est finalement reminéralisée. Des mesures de terrain plus nombreuses sur la profondeur des sols, leur teneur en carbone et les taux d’enfouissement pourraient réduire les incertitudes, tandis que des observations océaniques seraient nécessaires pour relier ce transfert à d’éventuelles émissions atmosphériques.

En l’état, les 660 000 tonnes décrivent donc une estimation centrale du flux brut vers l’océan. Le bilan net central est inférieur et beaucoup plus incertain ; ni l’un ni l’autre ne constitue une mesure directe des émissions annuelles de CO₂.

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