CDI ou freelance : un TJM de 570 € ne devient pas un salaire de 570 €

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|7 min de lecture
CDI ou freelance : un TJM de 570 € ne devient pas un salaire de 570 €

Le baromètre du TJMètre affiche un TJM médian de 570 € et retient 218 jours facturés dans son scénario, soit 124 260 € de chiffre d’affaires hors taxes avant frais, cotisations et impôt. Ce tarif ne devient un gain supérieur à celui d’un CDI que si le revenu réellement disponible, calculé sur l’année, compense les jours sans client et les protections attachées au salariat.

La comparaison doit partir du salaire annuel après impôt et aboutir, côté indépendant, à deux montants distincts : ce qui peut être dépensé et ce qui est mis de côté pour faire face à une baisse d’activité. Les 218 jours du scénario cité sont une hypothèse de calcul, pas un nombre de journées que chaque freelance peut vendre.

Comparer deux revenus sur la même année

Pour le CDI, partez du salaire brut annuel et ajoutez les primes suffisamment prévisibles pour entrer dans votre budget. Retranchez les cotisations salariales et l’impôt correspondant à votre foyer. Les bulletins de paie et l’avis d’impôt permettent d’éviter un taux de conversion brut-net supposé valable pour tous les salariés. Les avantages effectivement reçus, comme la part patronale d’une complémentaire santé, peuvent être inscrits à côté du revenu disponible : ils ont une valeur, sans être de l’argent versé sur le compte bancaire.

Pour l’activité indépendante, notez votre TJM hors taxes et le nombre de journées susceptibles d’être facturées puis payées. Le premier résultat est le chiffre d’affaires annuel : TJM × jours facturés. Les congés, la prospection, les devis, la formation, l’administration et les intervalles entre missions prennent du temps sans produire automatiquement de facture. Cette distinction entre calendrier travaillé et calendrier vendu est développée dans le calcul des jours facturables.

Du chiffre d’affaires, retirez ensuite les frais professionnels, les prélèvements sociaux et les impôts applicables à la structure et au revenu que vous percevez personnellement. Il faut éviter de traiter comme revenu disponible un bénéfice conservé dans une société. Une réserve de sécurité se calcule après ces prélèvements : elle réduit l’argent que vous choisissez de dépenser immédiatement, mais reste votre épargne et ne constitue pas une seconde charge de l’activité.

Mesurer ce que coûte un intervalle entre missions

Prenons un exemple hypothétique au tarif de 570 €. Avec 160 jours facturés, le chiffre d’affaires atteint 91 200 € hors taxes. Si 20 jours de mission disparaissent sans être remplacés, il reste 140 jours facturés et 79 800 € de chiffre d’affaires, soit 11 400 € de moins avant frais et prélèvements. La perte de revenu net ne sera pas égale à cette somme, car les cotisations et l’impôt peuvent aussi varier.

Ce calcul rend visible le risque commercial qu’un tarif journalier isolé masque. Une mission annoncée mais non signée ne vaut pas une journée facturée ; une facture non réglée ne finance pas les dépenses du mois. Un scénario central peut reposer sur les contrats déjà conclus et les demandes avancées, tandis qu’un scénario prudent allonge la période sans mission. Le tarif reste identique dans les deux cas : seule change la quantité de travail vendue et encaissée.

La réserve répond à une autre question : combien de temps pouvez-vous payer vos dépenses indispensables sans nouveau client ? Avec, toujours à titre d’exemple, 2 500 € de dépenses mensuelles et trois mois de couverture souhaités, la cible est de 7 500 €. Si cette somme existe déjà, elle ne doit pas être déduite une nouvelle fois du revenu de l’année. Si elle reste à constituer, la part épargnée doit être séparée de l’argent disponible pour vivre.

Choisir un régime compatible avec le chiffre d’affaires prévu

La forme d’exercice change la manière dont les frais, les cotisations et l’impôt sont calculés. Le simulateur de l’Urssaf pour indépendant permet de saisir chiffre d’affaires et charges afin d’estimer un revenu après impôt ; il précise que le résultat est indicatif et que les micro-entrepreneurs disposent d’un outil distinct. Une projection utile conserve les mêmes jours, le même tarif et les mêmes frais lorsqu’elle compare plusieurs structures.

La règle de dépassement du régime micro fixe à 83 600 € le seuil annuel hors taxes pour les prestations de services et les activités libérales en 2026 ; elle prévoit une sortie après deux années consécutives au-dessus du seuil et un calcul proportionnel lorsque l’activité commence en cours d’année. Dans l’exemple de 160 jours à 570 €, le chiffre d’affaires dépasse ce seuil. Cela impose d’intégrer l’historique de l’activité et d’envisager un régime au réel, sans supposer qu’un seul dépassement entraîne une sortie immédiate.

Le micro-entrepreneur calcule ses cotisations sur le chiffre d’affaires selon son activité et ne déduit pas ses frais réels pour déterminer son bénéfice imposable. À l’inverse, une projection au réel doit chiffrer les dépenses effectivement liées à l’activité : assurance, matériel, déplacements, comptabilité ou sous-traitance selon le métier. Un pourcentage de « charges freelance » appliqué indistinctement à toutes les structures donnerait une précision trompeuse. Le montant à comparer au CDI est celui qui rejoint effectivement le budget personnel après les prélèvements pertinents.

Mettre les droits sociaux à côté du revenu net

La comparaison de Bpifrance Création rappelle que le salarié bénéficie notamment de congés payés, d’une couverture chômage et de protections lors de la rupture du contrat, contrairement au micro-entrepreneur ; ce dernier peut toutefois accéder sous conditions à l’allocation des travailleurs indépendants. Le micro-entrepreneur dispose aussi d’une couverture maladie et acquiert des droits à la retraite, dont les modalités dépendent de son activité et de son chiffre d’affaires déclaré.

Une grille simple évite de confondre revenu immédiat et protection. Pour chaque situation, inscrivez séparément les congés rémunérés, le revenu possible pendant un arrêt de travail, les droits à la retraite, la couverture en cas de perte d’activité et le coût des assurances complémentaires que vous jugez nécessaires. Les congés du salarié sont déjà compris dans sa rémunération annuelle ; les congés de l’indépendant réduisent les jours qu’il peut vendre. Leur attribuer encore une déduction forfaitaire après avoir diminué les jours facturés reviendrait à compter deux fois la même absence.

Les droits n’ont pas tous un prix universel. Leur valeur dépend notamment de votre santé, de votre foyer et de votre tolérance à une interruption de revenus. Les laisser visibles à côté des deux revenus après impôt permet néanmoins de comprendre ce qu’un éventuel supplément de trésorerie devrait financer. Une assurance choisie pour réduire ce risque entre dans les frais ou dans le budget personnel, selon la façon dont elle est souscrite.

Ce que l’autonomie change vraiment

La fiche de Service Public désigne le lien de subordination comme critère central de distinction entre salarié et indépendant : celui-ci fixe en principe ses tarifs, choisit sa clientèle et supporte ses pertes d’exploitation. Une dépendance économique envers un client peut exister sans suffire, à elle seule, à établir un contrat de travail. Si les conditions réelles d’exécution révèlent une subordination, la relation peut être requalifiée, quel que soit le nom donné au contrat ; c’est le point examiné dans le risque de salariat déguisé.

Le choix financier se joue donc au niveau du scénario prudent : peut-il payer les frais, les prélèvements et la réserve tout en laissant un revenu personnel acceptable face au CDI ? Si l’avantage n’apparaît qu’en vendant presque toutes les journées disponibles, il dépend fortement de la continuité des missions. L’autonomie peut rendre cet échange intéressant, à condition que la liberté d’organiser son activité existe aussi dans les faits.

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