Archeon Medical lève 7,5 M€ : les preuves cliniques restent à élargir

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|5 min de lecture
Archeon Medical lève 7,5 M€ : les preuves cliniques restent à élargir

Le 6 octobre 2026, à Besançon, Archeon Medical a levé 7,5 millions d’euros pour accélérer la commercialisation d’EOlife aux États-Unis et financer de nouvelles études cliniques; ses cofondateurs, Alban de Luca et Pierre-Edouard Saillard, ambitionnent d’en faire le « nouveau standard mondial de la ventilation en réanimation d’urgence ». Newfund mène ce tour de série A avec Eiffel Investment Group et UI Investissement, aux côtés de Majycc Innovation Santé et Karot Capital, déjà investisseurs.

Selon La French Tech Bourgogne-Franche-Comté, le programme doit inclure plus de 1 500 patients victimes d’un arrêt cardiaque en Europe et aux États-Unis, avec des résultats attendus pour l’Oregon au premier trimestre 2027 et pour Chicago en 2029. Des travaux sont aussi prévus à l’Amsterdam UMC, aux Pays-Bas. Ces échéances concernent les prochaines données cliniques d’un dispositif déjà vendu.

Une commercialisation engagée avant cette série A

La levée accompagne une activité qui existait avant l’annonce. Dans son annonce de décembre 2024, Archeon Medical situait sa nouvelle filiale américaine à New York et indiquait qu’EOlife était commercialisé dans plus de quinze pays, en Europe, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique. Cette implantation locale devait notamment permettre de suivre les clients américains et d’étendre l’adoption du dispositif. La nouvelle série A vise à accroître cette présence commerciale parallèlement aux études.

EOlife accompagne la ventilation manuelle en donnant un retour visuel aux professionnels pendant la réanimation. Sa diffusion montre que l’entreprise sait équiper des équipes et servir plusieurs marchés; elle ne mesure pas à elle seule le bénéfice clinique pour les personnes réanimées. C’est sur ce second point que porte la recherche annoncée. Ventes et études suivent ainsi deux calendriers distincts, même si elles concernent le même produit.

Ce que couvre l’autorisation américaine d’EOlife

Le statut réglementaire américain est également antérieur à la levée. La décision 510(k) de la FDA, datée du 18 mars 2023 et référencée K221841, juge EOlife substantiellement équivalent à des dispositifs déjà commercialisés pour l’usage déclaré. Elle permet sa commercialisation aux États-Unis dans le cadre applicable aux dispositifs médicaux. Le dossier précise que cette équivalence n’exigeait pas d’étude clinique du dispositif; il décrit des essais techniques, de sécurité et d’utilisation.

Dans cette indication, EOlife s’utilise avec un appareil de réanimation manuelle chez l’adulte en arrêt cardiaque. Il mesure les flux ventilatoires et affiche des repères sur le volume insufflé, le volume courant et la fréquence de ventilation afin d’aider les professionnels pendant la réanimation cardiopulmonaire. Le produit renseigne ainsi un geste accompli au cours des soins. La décision réglementaire, elle, ne chiffre aucun gain de survie ni aucune réduction des séquelles neurologiques.

L’équivalence réglementaire porte sur les caractéristiques et l’usage prévu du dispositif. Les études en situation réelle doivent examiner ce qui se passe lorsque les secouristes l’emploient auprès de patients, dans différents systèmes de soins. Pour apprécier son éventuel effet sur l’issue d’un arrêt cardiaque, il faut également connaître la fréquence à laquelle l’appareil est effectivement utilisé et tenir compte des autres composantes de la réanimation.

Le signal du Doubs demande une étude plus large

Le résultat clinique mis en avant par Archeon vient d’une étude observationnelle menée dans le Doubs. L’étude publiée dans Resuscitation Plus porte sur 166 patients pris en charge en 2024; EOlife a été utilisé dans 48 cas, soit 28,9 % des situations éligibles, malgré un protocole prévoyant son usage systématique. Le taux de survie à trente jours avec un état neurologique favorable était de 10,4 % dans le groupe avec dispositif, contre 3,4 % dans l’autre groupe.

Ce rapport d’environ trois entre les taux observés a suscité l’intérêt de l’entreprise, mais l’analyse est exploratoire. Les patients n’ont pas été répartis au hasard entre les groupes, l’effectif avec EOlife est réduit et l’intervalle de confiance du résultat inclut l’absence de différence. Les mesures de ventilation nécessaires pour relier directement l’usage de l’appareil à la qualité du geste n’étaient pas disponibles. Le chiffre décrit donc une association observée dans ce système de secours, sans établir que l’appareil a causé le résultat.

L’étude fait aussi apparaître un enjeu moins visible que le taux de survie: disposer de l’équipement dans les véhicules n’assure pas son usage à chaque intervention. Les raisons précises de cette utilisation incomplète n’ont pas été mesurées. La formation, la charge de travail et les contraintes des secours sont évoquées comme facteurs possibles, sans être établies comme causes dans cette cohorte. Pour les études à venir, suivre à la fois l’utilisation réelle du dispositif et l’état des patients sera essentiel à l’interprétation des résultats.

Oregon, Amsterdam et Chicago: des étapes cliniques distinctes

Le financement doit soutenir un programme réparti entre plusieurs lieux de soins et de secours. Le volet du Tualatin Valley Fire & Rescue EMS, dans l’Oregon, concerne l’emploi du dispositif par des intervenants préhospitaliers; une autre étude est conduite par le Rush Hospital de Chicago. L’Amsterdam UMC ajoute un site européen. Ces environnements doivent élargir les observations au-delà du seul système du Doubs, mais chaque étude aura sa population, ses conditions de prise en charge et ses propres résultats.

La première échéance annoncée est celle de l’Oregon, avant les résultats plus lointains de Chicago. Elle apportera des données sur l’emploi d’EOlife dans un autre service de secours, sans résumer les conclusions de tous les centres. L’utilisation effective de l’appareil, les résultats pour les patients et la méthode d’analyse détermineront ce que ce premier volet permettra d’affirmer sur sa place dans la réanimation d’urgence.

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