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Technologie

Un faux institut pro-russe a copié 34 articles sur 36 pour paraître crédible

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|5 min de lecture| 5
Un faux institut pro-russe a copié 34 articles sur 36 pour paraître crédible

Le 25 août 2026, OpenAI a annoncé avoir bloqué un groupe de comptes ChatGPT très probablement exploités depuis la Russie. Le rapport d’enquête d’OpenAI établit que ces comptes promouvaient l’International Burke Institute (IBI), présenté comme une communauté d’experts établie en Israël, et que 34 articles sur un échantillon de 36 lié à ses prétendus spécialistes avaient été copiés ailleurs.

La divulgation du 25 août décrit ainsi une opération plus vaste que la génération de propagande avec ChatGPT. Les articles universitaires n’avaient pas été produits par les modèles d’OpenAI : l’IA servait principalement à fabriquer des publications et des commentaires qui dirigeaient les internautes vers une façade pseudo-académique déjà constituée.

Des travaux authentiques recyclés sous de fausses attributions

Comparaison des articles de l’International Burke Institute avec les travaux universitaires antérieurs et leurs véritables auteurs.

Le site de l’IBI associait une adresse en Israël, une longue liste de spécialistes internationaux et une bibliothèque couvrant plusieurs sujets de politique publique. Cette accumulation donnait l’impression d’un centre de recherche actif sans nécessiter la constitution d’un corpus original comparable.

L’échantillon examiné portait sur 36 articles rattachés aux experts affichés par le site et publiés entre septembre 2025 et mai 2026. Trente-quatre provenaient d’autres pages du Web. Cette proportion ne décrit pas nécessairement toute la bibliothèque de l’IBI, mais elle confirme la méthode évoquée dans le titre : remplir le site de travaux existants afin de lui donner une apparence de crédibilité.

Les reprises brouillaient parfois délibérément l’identité des auteurs. Un article sur le corridor économique Chine-Pakistan, initialement écrit par Yunas Samad et publié par Cambridge University Press, était attribué à Katharine Adeney. Un autre texte, consacré aux politiques migratoires, reprenait un travail du Migration Policy Institute tout en l’associant au profil de Kate Howell, professeure australienne de chimie alimentaire.

De prétendus experts au service d’un indice favorable à la Russie

Vérification des affiliations revendiquées par l’IBI et de son indice classant la Russie devant la France et l’Allemagne.

La crédibilité empruntée ne reposait pas uniquement sur les articles. Le site revendiquait des experts connus et des partenaires prestigieux, parmi lesquels l’ONU et l’UNICEF. L’enquête indépendante du Monde indique que les personnalités affichées ne travaillaient pas pour l’IBI et que l’UNICEF a nié tout partenariat approuvé ou travail commun avec l’organisation.

L’institut mettait également en avant un « indice de souveraineté » présenté comme un instrument d’analyse. Son classement plaçait la Russie au quatrième rang, tandis que la France arrivait dix-neuvième et l’Allemagne vingt-et-unième. Les notices consacrées aux pays occidentaux reprenaient des récits favorables au Kremlin, alors que le long profil de la Russie ne mentionnait pas la guerre lancée contre l’Ukraine en 2022.

Chaque élément renforçait les autres : les noms connus suggéraient l’expertise, les publications copiées fournissaient une profondeur académique et l’indice transformait l’orientation politique en résultat apparemment mesurable. Le dispositif ne dépendait donc pas d’un faux isolé, mais d’un ensemble de signes d’autorité conçus pour sembler cohérents.

ChatGPT intervenait dans la distribution, pas dans le corpus

Le principal usage de ChatGPT se situait après la fabrication du site. Les opérateurs lui demandaient de rédiger des publications faisant la promotion des articles de l’IBI sur X, LinkedIn, Facebook, Substack et Telegram. Ils produisaient aussi des réponses adressées à de vrais utilisateurs de Substack afin de les inviter à suivre le canal de l’institut.

Les requêtes étaient formulées en russe et les textes obtenus étaient majoritairement en anglais. Les opérateurs demandaient que les formulations ne trahissent pas leur origine et utilisaient des VPN pour contourner l’interdiction d’accès aux modèles d’OpenAI depuis la Russie.

La diffusion dépassait les comptes portant directement le nom de l’IBI. Des profils imitant des utilisateurs ordinaires partageaient ses publications, tandis qu’une douzaine de canaux Telegram ciblaient notamment l’Allemagne, les États-Unis, la France, la Pologne et la Turquie. Certains messages étaient adaptés en allemand ou en français, mais l’IA n’était ni à l’origine des articles copiés ni l’auteur des rapports de souveraineté.

Une infrastructure élaborée pour une portée encore limitée

Diffusion multiplateforme des contenus de l’IBI contrastant avec le faible niveau d’interactions observées.

Le nombre de supports mobilisés ne correspond pas à une influence démontrée. Les publications sociales ordinaires obtenaient peu de vues et les comptes officiels de l’IBI comptaient peu d’abonnés. Les canaux Telegram faisaient exception, avec généralement 10 000 à 20 000 abonnés chacun, sans que ce volume suffise à établir combien de personnes authentiques avaient adopté ou relayé les récits.

Des vidéos visant notamment la France ont aussi circulé sur YouTube et TikTok. Quelques-unes affichaient plusieurs dizaines de milliers de vues, possiblement acquises par promotion payante, mais très peu de partages, de mentions positives et de commentaires. Ces mesures décrivent une exposition apparente, pas une adhésion durable.

La sophistication résidait plutôt dans l’infrastructure accumulée : site, profils d’experts, affiliations, publications, classement propriétaire et adaptation à plusieurs plateformes. ChatGPT diminuait le coût de la promotion quotidienne, mais ne garantissait ni une exécution convaincante ni une audience réelle. Des traductions maladroites et des attributions invraisemblables ont au contraire contribué à rendre le montage détectable.

L’IBI conteste les accusations, mais ses liens restent indéterminés

L’IBI rejette sa qualification de faux institut associé à une opération étrangère. Dans une réponse rapportée par The Jerusalem Post, l’organisation affirme exercer en Israël, publier ses propres analyses et maintenir une bibliothèque en libre accès avec attribution des sources.

Des traces en ligne suggèrent par ailleurs que quelques personnes réelles établies en Israël ont pu représenter l’IBI lors de soumissions d’articles ou de conférences. Leur relation exacte avec l’institut et avec les opérateurs russes n’a cependant pas été établie publiquement. La forte probabilité d’une exploitation des comptes ChatGPT depuis la Russie ne permet donc pas, à elle seule, de reconstituer toute la chaîne humaine ou financière.

À ce stade, les comptes identifiés ont été suspendus et le mécanisme de promotion a été exposé. L’audience observée reste limitée, mais l’enquête montre comment des travaux universitaires copiés, de fausses affiliations, un classement orienté et des messages générés par IA peuvent être assemblés pour donner à une opération d’influence l’apparence d’une institution crédible.

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