CarbonFarm lève 7 M€ : la mesure du méthane doit maintenant changer d’échelle

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|6 min de lecture| 7
CarbonFarm lève 7 M€ : la mesure du méthane doit maintenant changer d’échelle

Le 13 octobre 2026, la société française CarbonFarm a annoncé la clôture d’une série A sursouscrite de 7 M€ menée par Colam Impact, avec la participation de Proparco, Suma Capital, elea, Working Capital Fund, Albo et Bpifrance. Serena et makesense, via Racine², ainsi que Techmind renouvellent leur soutien. Les fonds doivent renforcer la technologie de suivi des rizières et les équipes qui développent, financent et mesurent les projets agricoles.

Déjà active dans 19 pays, CarbonFarm veut consolider sa présence en Asie, en Afrique et en Europe, puis accélérer son expansion en Amérique latine. Vassily Carantino, cofondateur et directeur général, résume dans Tech.eu le rôle qu’il réserve aux partenaires locaux : « Scale will not come from replacing local value-chain players; it will come from equipping them. » Le changement d’échelle annoncé suppose donc de suivre davantage de parcelles tout en accompagnant les riziculteurs sur le terrain.

Ce que finance la série A

CarbonFarm associe un système numérique de mesure, de déclaration et de vérification des émissions, appelé MRV, à une activité de développement de projets. Ses partenaires agricoles assurent le contact avec les exploitations et accompagnent les changements de pratiques. La société fournit des outils de suivi, une expertise pour structurer les projets et des liens avec le financement climatique et les acheteurs potentiels de crédits carbone.

Cette répartition des rôles compte dans la riziculture, où de nombreuses petites parcelles peuvent suivre des calendriers d’irrigation différents. Étendre un programme implique de délimiter les champs participants, de documenter la gestion de l’eau pendant la saison et de recueillir des informations que le satellite ne peut pas observer. Il faut aussi que les partenaires locaux puissent expliquer les nouvelles pratiques aux cultivateurs et conserver des données utilisables lors d’un contrôle.

Le financement vise ainsi deux capacités liées : observer les parcelles à grande échelle et transformer ces observations en projets suivis sur le terrain. La répartition des fonds entre technologie, développement de projets et régions n’est pas précisée. Le tour de table établit les moyens levés et la direction annoncée ; le nombre de nouvelles exploitations effectivement accompagnées dépendra du déploiement.

Comment l’observation d’une rizière devient une estimation

Deux parcelles rizicoles présentent des niveaux d’eau différents, une pratique que CarbonFarm suit pour estimer les émissions de méthane.

La pratique visée est notamment l’alternance entre inondation et assèchement. Dans un sol durablement submergé, la décomposition de matière organique en milieu pauvre en oxygène favorise la formation de méthane. Modifier le rythme de mise en eau peut diminuer ces émissions, à condition que la pratique soit adaptée aux conditions agricoles locales. Pour estimer l’effet d’un projet, il faut donc établir ce qui s’est passé sur chaque parcelle et pendant quelle période.

Dans son analyse des méthodes de suivi rizicole, CarbonFarm explique que les images satellitaires servent à observer dans le temps les épisodes d’inondation et de drainage. L’apprentissage automatique aide à classer ces observations à l’échelle des parcelles ; les relevés de terrain apportent les paramètres invisibles depuis l’espace. Une visite ponctuelle peut constater l’état d’un champ, mais laisser un intervalle sans observation si l’eau a changé de niveau entre deux passages.

Les données recueillies alimentent ensuite une modélisation des émissions. Celle-ci compare une situation de référence aux pratiques mises en œuvre dans le projet, en tenant compte des informations agricoles disponibles et des hypothèses de calcul retenues. Le satellite renseigne sur la gestion de l’eau ; il ne mesure pas directement tout le méthane émis par la parcelle. Cette distinction détermine ce que les résultats peuvent soutenir lorsqu’ils sont présentés à un acheteur ou à un organisme de certification.

La couverture satellitaire réduit la dépendance à des visites répétées lorsque les champs se multiplient, mais elle déplace une partie du travail vers la qualité des données et leur interprétation. Les limites des parcelles doivent être fiables, les observations rapprochées des pratiques réelles et les informations recueillies localement conservées pour l’audit. La portée du financement dépend aussi de cette capacité à produire des résultats examinables au-delà des sites déjà suivis.

La certification, étape distincte de la mesure

Dans une rizière en Inde, un capteur de terrain complète le suivi satellitaire du pilote mené par CarbonFarm et Partners in Prosperity.

Un projet mené avec Partners in Prosperity illustre le passage du suivi numérique à un contrôle externe. Gold Standard a approuvé en 2025 un pilote de mesure numérique associant CarbonFarm, données satellitaires, capteurs et observations de terrain pour suivre la riziculture et l’usage de l’eau. Cette approbation porte sur la participation au programme pilote ; elle ne signifie pas que toutes les réductions estimées ont déjà été vérifiées ou converties en crédits émis.

Pour qu’une réduction soit certifiable, le projet doit appliquer une méthode admissible, définir une situation de référence crédible et montrer que le changement de pratique apporte un effet supplémentaire. Son plan de suivi doit préciser les données recueillies et la façon dont les émissions sont calculées. La télédétection peut documenter les périodes d’inondation et de drainage ; les hypothèses de référence, les incertitudes et les autres exigences du projet restent à examiner.

La procédure de Gold Standard distingue la validation de la conception du projet, le suivi des résultats et leur vérification par un organisme indépendant. Une revue intervient ensuite avant la certification des résultats et, lorsque c’est pertinent, l’émission de crédits dans le registre. Un modèle capable d’estimer une baisse de méthane constitue donc une pièce du dossier, pas à lui seul une décision de certification.

La rémunération d’un riziculteur dépend encore du financement ou de la vente du résultat et des accords qui répartissent les recettes entre participants. Le tour annoncé ne fixe ni revenu par parcelle ni somme versée aux cultivateurs. Pour une exploitation, la valeur du dispositif dépendra de la contrepartie obtenue face au temps, aux contraintes et aux éventuels coûts d’une autre gestion de l’eau.

Les résultats des programmes étendus grâce à cette levée seront le prochain élément concret à observer : pratiques suivies sur les parcelles, réductions acceptées après vérification indépendante et, si des crédits sont émis, inscription au registre. Leur publication permettra de voir si l’expansion géographique s’accompagne de réductions reconnues et d’un financement qui atteint les exploitations participantes.

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