
H&B Materials finance le passage du textile sans PFAS du labo à l’usine

La société lyonnaise H&B Materials, fondée par les chimistes Hichem Ichou et Baptiste Andrin, a bouclé sa première levée de fonds, rapporte Bref Eco le 7 octobre 2026. Cette opération doit accélérer l’industrialisation d’un apprêt déperlant biosourcé destiné aux textiles sans PFAS.
Le tour pre-seed atteint 2,1 millions d’euros, avec Anima, Alpha Star, Keenest et RAISE parmi les participants ; Keenest précise que l’argent doit mener des échantillons et premiers mètres de tissu traité aux essais sur des lignes de foulardage réelles. Des industriels expérimentent déjà la formulation. La levée finance ainsi la mise au point et la validation du traitement sur des équipements textiles, avant toute production régulière à grande échelle.
Ce que la levée doit financer sur les lignes textiles
La tâche immédiate consiste à finaliser la formulation puis à la faire fonctionner dans les conditions d’un ennoblisseur, avec des longueurs de tissu et un défilement continu. Passer d’un échantillon traité à une ligne de finition impose de maîtriser la quantité de produit déposée, son homogénéité et le résultat obtenu après séchage. Une excellente note sur une étoffe soumise au test ne renseigne pas à elle seule sur la répétabilité du traitement au rythme d’une usine.
Le foulardage offre un point d’entrée concret : le textile traverse un bain d’apprêt avant que des rouleaux n’en retirent l’excès. Il peut ensuite passer dans une rame pour être séché et stabilisé. Si la formulation s’insère dans cette séquence, le fabricant peut travailler avec une architecture de ligne qu’il connaît déjà. La compatibilité annoncée ne fixe cependant ni la recette du bain ni les paramètres de chaque matière ; c’est précisément ce que les essais industriels doivent établir.
Une chimie végétale déjà primée
Le palmarès officiel du Techtextil Innovation Award 2026 distingue H&B Materials dans la catégorie « New Chemicals & Dyes » et rapporte une note de déperlance de 5 sur 5 en spray test sur coton et tissus mélangés ; Hichem Ichou y résume son idée par « water-repellent at a molecular level ».
Le procédé présenté greffe sur les fibres cellulosiques des groupes hydrophobes issus d’acides gras végétaux tirés de déchets agricoles. L’effet recherché provient ainsi de la modification de la fibre plutôt que d’un revêtement classique posé à sa surface. Cette précision compte pour la suite industrielle : la formulation doit à la fois réagir avec le support visé et rester applicable dans une chaîne de finition textile. Le foulard et la rame figurent parmi les équipements déclarés compatibles.
Au printemps, une levée d’amorçage était encore envisagée pour établir une première ligne pilote industrielle. Le tour désormais bouclé apporte des moyens à cette trajectoire, sans annoncer l’ouverture d’une installation ni un volume de production. Le prix distingue une innovation et une performance de déperlance mesurée sur les étoffes testées ; la nouvelle étape porte sur leur transfert vers des conditions de fabrication suivies dans le temps.
Ce que prouve la note de déperlance
Une note maximale au spray test décrit la résistance de la surface du tissu à une pulvérisation d’eau. La définition ISO de l’essai par pulvérisation précise que cette méthode ne mesure pas la pénétration de l’eau à travers l’étoffe et ne permet pas de prédire sa résistance à la pluie. Le score publié porte ainsi sur une propriété précise du coton et des mélanges testés, pas sur toutes les performances d’un vêtement fini.
La durée de l’effet reste à établir dans les conditions d’usage visées. Le résultat communiqué ne donne pas de série chiffrée après lavages successifs, abrasion ou usage prolongé ; ces conditions peuvent compter selon la destination du tissu. Il ne précise pas non plus le comportement de chaque mélange de fibres, ni la dispersion des mesures d’un lot à l’autre. Ces données devront accompagner l’évaluation sur les lignes des fabricants si l’apprêt vise des applications commerciales durables.
La chimie décrite cible les fibres cellulosiques. Dans un tissu mélangé, la composition et la construction peuvent modifier l’absorption du bain et le comportement de l’eau en surface. Pour comparer les essais, il faudra donc associer chaque mesure à la matière traitée, au réglage de la ligne et à la quantité d’apprêt déposée.
Une échéance réglementaire qui rend l’essai industriel décisif
En France, la loi du 27 février 2025 sur les PFAS interdit depuis le 1er janvier 2026 la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de vêtements, chaussures et agents imperméabilisants destinés aux consommateurs qui en contiennent, sous réserve d’exceptions, notamment pour certains vêtements et chaussures de protection et de sécurité. À compter du 1er janvier 2030, le texte étend l’interdiction à d’autres produits textiles, avec des exceptions propres aux usages essentiels et aux textiles techniques industriels.
Cette échéance donne un débouché potentiel à un traitement sans PFAS capable de rejoindre les procédés d’ennoblissement déjà utilisés. Elle n’efface pas les exigences propres à chaque tissu : l’acheteur doit pouvoir comparer une performance obtenue sur les étoffes testées à celle d’un produit fabriqué en série, avec des conditions d’application documentées. La compatibilité annoncée avec le foulard et la rame réduirait l’obstacle d’un changement d’équipement, si les essais confirment le comportement de la formulation à l’échelle des lignes clientes.
La prochaine preuve attendue est un résultat sur des métrages représentatifs, obtenu sur une ligne de foulardage réelle, avec une déperlance régulière et une tenue adaptée à l’usage visé. Ces données permettront aux fabricants de juger si la formulation peut entrer dans leurs cycles de production.
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