Publicités cachées sur YouTube : 45,5 % des vidéos du corpus oublient le label

Publié le 19 août 2026, ChildSafeAds met en évidence une lacune importante, mais circonscrite, dans la signalisation des contenus commerciaux sur YouTube. Le rapport de Thales Bertaglia, Catalina Goanta, Gerasimos Spanakis et Gunes Acar porte sur 3 360 vidéos provenant de 939 chaînes : lors du relevé effectué le 17 juillet 2026, le champ « Includes paid promotion » était absent pour 1 529 vidéos, présent pour 1 791 et indisponible pour 40, soit un taux d’absence de 45,5 %.
Ce résultat ne mesure pas l’ensemble de YouTube. Il concerne un corpus présélectionné à partir de passages sponsorisés signalés par les utilisateurs de SponsorBlock, puis filtré pour retenir des chaînes susceptibles d’atteindre les jeunes et des vidéos associées à une page commerciale exploitable. La fiche bibliographique publiée avec l’étude confirme la date, la taille du corpus, son point de départ dans SponsorBlock et le taux de 45,5 %.
Ce que mesure vraiment le taux de 45,5 %

Le chiffre décrit l’état d’un champ de métadonnées à une date précise. Il ne signifie pas que 45,5 % de toutes les vidéos YouTube contiennent une publicité cachée, ni que la même proportion vaut pour toutes les vidéos regardées par des enfants. Le corpus ne possède ni échantillon aléatoire de la plateforme ni données sur l’âge réel des spectateurs.
Le verbe « oublient » du titre résume donc l’absence du mécanisme intégré, sans établir l’intention des créateurs. Une vidéo pouvait ne pas activer le champ de YouTube tout en nommant oralement son sponsor ou en ajoutant une mention dans sa description. À l’inverse, la présence du badge ne dit pas si la divulgation est formulée assez clairement, apparaît au bon moment ou reste visible suffisamment longtemps.
ChildSafeAds distingue précisément ces situations. Le champ de la plateforme constitue une couche d’information parmi d’autres, aux côtés de la transcription du passage commercial, de la description, du contexte de la chaîne et de la page vers laquelle renvoie la vidéo. Les indicateurs de risque produits à partir de ces éléments doivent orienter une vérification humaine : ils ne valent ni décision réglementaire ni constat automatique d’infraction.
Un corpus construit après un premier signal de SponsorBlock

ChildSafeAds ne cherche pas des promotions dans un échantillon neutre de vidéos. Chaque entrée commence par un intervalle que la communauté de SponsorBlock a déjà classé dans la catégorie des parrainages. Les contributeurs de cette extension collaborative marquent le début et la fin des séquences qu’ils souhaitent pouvoir ignorer, puis les autres utilisateurs votent sur ces signalements.
Ce point de départ permet de comparer un indice indépendant avec le label déclaré à YouTube. Il introduit aussi un biais majeur : les vidéos du corpus sont celles qui ont été visionnées et annotées par cette communauté. Les contenus commerciaux jamais signalés, les vidéos peu vues par les utilisateurs de l’extension et les contenus sans publicité ne sont pas représentés de manière permettant d’estimer un taux réel à l’échelle de la plateforme.
La sélection ajoute deux autres filtres. Une chaîne devait sembler susceptible d’atteindre un public adolescent d’après ses informations publiques et un classement automatisé destiné à écarter les contenus manifestement adultes. Cette procédure ne mesure pas l’audience effective et ne permet donc pas d’affirmer que chaque vidéo a été vue par des mineurs.
Il fallait également qu’au moins un lien de la description mène à une page dont le texte pouvait être collecté. Les promotions associées à des liens expirés, à des pages bloquant l’accès automatisé ou à des destinations pauvres en texte sont ainsi sous-représentées. Dans certains cas, la page exploitable n’a pas pu être reliée avec certitude au passage marqué, ce qui limite l’interprétation des catégories de produits et des risques associés.
Un badge présent peut encore rester incompréhensible

La détection technique et la compréhension par les enfants sont deux problèmes distincts. Un système fondé uniquement sur le champ « Includes paid promotion » manquerait une part importante des segments déjà signalés dans ce corpus. Mais retrouver ou afficher ce champ ne garantit pas que le jeune public saisisse la relation financière entre la marque et le créateur.
Lors d’un atelier public de la Federal Trade Commission en 2022, un représentant de YouTube a présenté trois cycles de recherche menés auprès de parents et d’enfants de 5 à 12 ans. D’après la transcription officielle de la FTC, un enfant sur dix seulement comprenait la formule « Includes paid promotion » : les plus jeunes avaient du mal à lire le texte, tandis que des enfants plus âgés n’en comprenaient pas le sens.
YouTube avait ensuite testé une formulation expliquant plus directement que la chaîne avait reçu de l’argent ou des produits gratuits pour réaliser la vidéo, accompagnée d’un signe visuel et d’une courte séquence éducative. Cette expérience souligne la limite du taux mesuré par ChildSafeAds : la présence d’un champ peut être auditée automatiquement, mais son efficacité auprès d’un enfant demande une évaluation différente.
Une base de recherche, pas encore un bilan des détecteurs
ChildSafeAds organise les informations en quatre niveaux cumulatifs, depuis la transcription du segment jusqu’à la page commerciale liée, en passant par les métadonnées de la vidéo et le contexte de la chaîne. Les systèmes participants doivent déterminer le type d’offre, classer le produit et repérer des éléments susceptibles de nécessiter un examen juridique. Cette organisation doit permettre de comparer les performances avec le coût et la difficulté d’accès aux données.
Les étiquettes de référence ont été générées par un modèle après plusieurs révisions de la taxonomie, des consignes et des exemples par l’équipe organisatrice, qui comprend une spécialiste du droit. Un second modèle a annoté séparément l’ensemble de développement. Cette comparaison mesure la stabilité entre modèles, mais ne remplace pas une double annotation humaine systématique ; aucun accord interannotateurs humains n’est publié.
La première version décrit donc le corpus, les tâches et le protocole d’évaluation, mais pas encore les résultats finaux détaillés des systèmes participants. Une mise à jour doit les ajouter. À ce stade, la conclusion solide reste étroite : le label intégré manque dans 45,5 % d’un ensemble déjà présélectionné de passages commerciaux, ce qui justifie une détection fondée sur plusieurs indices sans autoriser une généralisation à tout YouTube.
À lire aussi:
Abonnez-vous à notre newsletter
Recevez directement les dernières actualités sur le Web3, l’IA et les cryptomonnaies.