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Finances

Le Brésil engage 2,3 milliards de reais pour ne dépendre d’aucun camp

|Auteur: Équipe éditoriale de QUASA|5 min de lecture
Le Brésil engage 2,3 milliards de reais pour ne dépendre d’aucun camp

Le 20 août 2026, le gouvernement brésilien a annoncé environ 2,3 milliards de reais d’investissements dans ses capacités de calcul pour l’intelligence artificielle. La dépêche de Reuters distingue environ 1,3 milliard de reais pour une infrastructure à Rio de Janeiro avec Huawei et iFlytek et près d’un milliard pour un supercalculateur soumis à appel d’offres dans le Rio Grande do Norte. Le gouvernement présente ce partage comme un moyen de ne dépendre d’aucune entreprise, technologie ou puissance unique.

Les deux branches n’ont toutefois ni le même statut ni exactement le même périmètre budgétaire. Le bilan officiel du LNCC publié le 21 août chiffre à 959 040 959,04 reais le marché actuellement ouvert pour Macaíba, contre une estimation globale d’environ 1,06 milliard pour le projet du Rio Grande do Norte. À Rio, les partenaires chinois sont déjà identifiés ; à Macaíba, aucun fournisseur n’a encore été choisi.

Deux infrastructures, deux modes de dépendance

Les infrastructures d’IA distinctes prévues à Macaíba et à Rio de Janeiro dans le programme fédéral brésilien.

Le paquet ne finance donc pas une machine unique partagée entre fournisseurs américains et chinois. À Macaíba, le Laboratório Nacional de Computação Científica (LNCC) a défini les spécifications d’une solution intégrée de calcul à haute performance, mais la sélection doit encore départager les offres selon des critères techniques et financiers. À Rio de Janeiro, la Rede Nacional de Ensino e Pesquisa (RNP) participe à une coopération déjà structurée avec Huawei et iFlytek.

Cette architecture répartit le risque sans rendre le Brésil technologiquement autosuffisant. Les équipements et une partie du savoir-faire resteront liés à des entreprises étrangères, mais les deux projets ne reposent ni sur le même contrat ni sur le même fournisseur. Les exigences de transfert technologique, de formation et de développement de compétences locales doivent permettre au pays de conserver davantage de maîtrise opérationnelle.

L’enveloppe de 2,3 milliards de reais est un montant arrondi couvrant les grandes initiatives annoncées, et non le prix contractuel d’un seul supercalculateur. La différence entre les 959 millions du marché et l’estimation de 1,06 milliard pour l’ensemble du projet de Macaíba tient précisément à ces périmètres distincts. Les additionner ou les présenter comme deux évaluations concurrentes du même achat fausserait la lecture du programme.

Macaíba reste au stade de la sélection

Le site de Macaíba préparé pour le supercalculateur piloté par le LNCC et ses besoins en énergie, refroidissement et connectivité.

Le futur équipement doit être installé au Parque Científico e Tecnológico Augusto Severo, à Macaíba, dans la région métropolitaine de Natal. Le site a été retenu en tenant compte de l’électricité disponible, du refroidissement, de la connectivité, de la sécurité et des conditions nécessaires à une exploitation continue. Le LNCC conservera parallèlement son siège à Petrópolis et continuera d’y exploiter le supercalculateur Santos Dumont : le nouveau site constitue une extension, pas un déménagement ni un remplacement.

La sélection publique nº 27/2026 porte sur une solution de traitement à haute performance destinée à l’IA, à la recherche, au développement technologique et à l’innovation. Le registre de la FACC confirme une publication le 20 août 2026 et une séance de clôture fixée au 8 octobre 2026. Tant que cette procédure n’est pas achevée, il n’existe ni attributaire officiel ni configuration contractuelle définitive.

Le marché va au-delà de la livraison de matériel. Il prévoit des mécanismes de transfert de technologie, la formation de professionnels brésiliens et le développement de compétences nationales en logiciels et en IA. La machine doit notamment servir à entraîner et exécuter de grands modèles de langage, ainsi qu’à traiter des volumes de données trop importants pour les capacités actuellement disponibles.

Rio s’appuie déjà sur Huawei et iFlytek

L’infrastructure de Rio associant la RNP, Huawei et iFlytek pour développer des modèles de langage et former des spécialistes.

La branche de Rio est plus avancée dans l’identification de ses partenaires. Huawei et iFlytek doivent contribuer à une infrastructure de supercalcul destinée principalement au développement de grands modèles de langage généralistes et spécialisés. La coopération doit commencer à fonctionner à partir de juillet 2027, avec des décaissements du Fonds national de développement scientifique et technologique répartis dans le temps.

L’objectif affiché est de disposer de modèles mieux adaptés au portugais, aux données brésiliennes et aux usages sectoriels du pays. Le dispositif associe puissance de calcul, recherche et développement, logiciels, transfert de technologie et formation. Cette dimension est centrale : une infrastructure installée sur le territoire ne devient pas souveraine par sa seule localisation si les équipes nationales ne peuvent ni l’exploiter ni la faire évoluer.

La participation de groupes chinois est donc confirmée pour Rio, mais elle ne permet pas de conclure que tout le programme brésilien leur est attribué. Le projet de Macaíba suit une procédure distincte, ouverte à la concurrence, et devra produire son propre contrat. Les deux sites répondent à des besoins voisins tout en conservant des gouvernances, des fournisseurs et des calendriers séparés.

Nvidia n’a encore remporté aucun contrat

La présence américaine reste la partie hypothétique du montage. Des responsables gouvernementaux interrogés anonymement s’attendent à ce que Nvidia remporte le marché de Macaíba, et la ministre de la Science, de la Technologie et de l’Innovation, Luciana Santos, avait évoqué l’entreprise comme fournisseur probable. Cette attente ne constitue ni une attribution ni un engagement signé.

Il serait donc prématuré de présenter les investissements comme un partage contractuel déjà conclu entre la Chine et les États-Unis. Le seul partage confirmé oppose, d’une part, une coopération avec Huawei et iFlytek et, d’autre part, une procédure concurrentielle dont le résultat reste inconnu. C’est néanmoins cette coexistence qui donne son sens à la stratégie annoncée : multiplier les voies d’accès au calcul et aux compétences plutôt que confier l’ensemble de la capacité nationale à un seul camp.

La prochaine étape décisive sera l’issue documentée de la sélection de Macaíba, qui révélera le fournisseur, la configuration et les conditions retenues. Viendra ensuite le déploiement effectif de l’infrastructure de Rio et la mesure des transferts de technologie promis. Pour l’heure, l’enveloppe, les deux sites et les usages généraux sont confirmés, mais une partie essentielle de l’exécution reste à attribuer ou à mettre en service.

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