Kreios veut faire « respirer » ses satellites pour rester à 200 km

Le 4 août 2026, Kreios Space a annoncé une mission destinée à tester en orbite son système de propulsion électrique aérobie près de 200 kilomètres d’altitude. Le démonstrateur KREIOS-1 doit intégrer ce moteur à une plateforme MP42 de Kongsberg NanoAvionics, selon le compte rendu de Space.com, qui précise qu’aucune date de lancement détaillée n’a été communiquée.
La mission reste donc un projet, pas une technologie déjà validée dans l’espace. La feuille de route technique de Kreios vise un lancement de KREIOS-1 en 2027 et décrit un moteur qui collecte des particules atmosphériques, les transforme en plasma et les éjecte pour produire une poussée continue.
Pourquoi viser une orbite proche de 200 kilomètres
À cette altitude, l’atmosphère est extrêmement ténue, mais elle n’a pas disparu. Les particules rencontrées à vitesse orbitale exercent une traînée qui retire progressivement de l’énergie au satellite. Sans poussée compensatrice, son altitude baisse jusqu’à la rentrée atmosphérique.
Dans une orbite terrestre basse plus élevée, des corrections ponctuelles peuvent suffire. Près de 200 kilomètres, Kreios veut au contraire produire une poussée très fréquente, voire continue. Une propulsion conventionnelle imposerait alors d’emporter une quantité de propergol dont l’épuisement limiterait la durée de la mission.
Le pari de l’ABEP, pour Air-Breathing Electric Propulsion, consiste à récupérer une partie de la matière responsable du freinage et à l’utiliser comme masse propulsive. Parler de « carburant atmosphérique » simplifie cependant le mécanisme : les particules ne fournissent pas l’énergie comme dans un moteur chimique. Elles sont la matière accélérée par un système qui demeure électrique.
Comment le satellite doit « respirer »

Le cycle repose sur trois opérations liées. Une admission placée face au déplacement recueille d’abord une fraction des particules résiduelles. Le moteur leur apporte ensuite de l’énergie pour former un plasma, puis accélère cette matière ionisée vers l’arrière afin de créer une poussée opposée à la traînée.
- Admission : les particules rencontrées sur la trajectoire entrent dans le collecteur et sont dirigées vers le propulseur.
- Ionisation : le gaz raréfié reçoit de l’énergie et devient un plasma contenant des particules chargées.
- Éjection : le plasma est accéléré et expulsé vers l’arrière, ce qui engendre la poussée.
Pour maintenir l’orbite, la poussée produite doit au moins compenser le freinage subi par l’ensemble du véhicule. Le bilan dépend donc autant du rendement de l’admission et du propulseur que de la puissance électrique disponible, de l’orientation du satellite et de sa traînée propre.
La géométrie du véhicule fait ainsi partie du système de propulsion. Une prise mal orientée recueillerait moins de particules, tandis qu’une forme trop résistante augmenterait la force à compenser. Les matériaux doivent également supporter l’environnement de la très basse orbite terrestre.
Des essais au sol à la démonstration orbitale

La chronologie publiée par Kreios commence avec le prototype K-1, testé en laboratoire en 2021 pour vérifier l’allumage et la génération de plasma. En 2023, le K-2 a été intégré à une admission et essayé sous vide. Le K-3 a ensuite été évalué en 2024 avec plusieurs gaz, puissances électriques et débits massiques.
Ces essais montrent que des composants ont fonctionné dans des installations terrestres, mais ils ne prouvent pas encore qu’un satellite complet puisse maintenir son altitude dans l’environnement orbital réel. Il reste notamment à faire fonctionner simultanément l’admission, le propulseur, l’alimentation électrique, le contrôle d’attitude et la plateforme.
Dans un entretien publié par La Vanguardia le 16 juillet 2026, le dirigeant Adrián Senar a situé l’objectif vers 180 à 200 kilomètres et indiqué que rien n’avait encore été testé en orbite. Il envisageait alors une validation à la fin de 2027 ou au début de 2028.
Cette indication ne correspond pas exactement au lancement en 2027 affiché sur le site de l’entreprise : l’une concerne la validation attendue, l’autre le jalon de lancement. En l’absence de créneau, de lanceur et de site annoncés, 2027 doit être traité comme un objectif de calendrier, non comme une date ferme.
Ce que KREIOS-1 devra prouver en vol
L’intérêt d’une orbite plus basse tient d’abord à la proximité de la Terre. À instrument comparable, elle peut favoriser une observation plus détaillée ou raccourcir la distance d’une liaison radio. Un engin devenu incontrôlable y resterait aussi moins longtemps, puisque la traînée accélérerait naturellement sa rentrée.
- Bénéfice revendiqué : prolonger les opérations près de 200 kilomètres sans dépendre d’une grande réserve conventionnelle de propergol.
- Contrainte physique : recueillir assez de particules et produire une poussée au moins équivalente à une traînée variable.
- Acquis au sol : des générations successives de propulseurs ont produit du plasma et fonctionné avec une admission sous vide.
- Preuve encore attendue : maintenir le fonctionnement intégré du satellite et mesurer un effet durable sur la dégradation de son orbite.
La plateforme MP42 doit porter le système ABEP et être adaptée aux exigences de la mission. Le succès ne se résumera donc pas à l’allumage du moteur : KREIOS-1 devra conserver la bonne orientation, alimenter le propulseur, capter suffisamment de matière et produire une poussée mesurable pendant le vol.
Le projet se trouve ainsi entre deux étapes clairement distinctes. Les prototypes ont été essayés au sol et l’intégration d’une mission est annoncée, mais la capacité à « respirer » l’atmosphère pour rester près de 200 kilomètres n’a pas encore été démontrée. Les prochains jalons vérifiables seront un calendrier de lancement plus précis, puis les données orbitales de KREIOS-1.
Abonnez-vous à notre newsletter
Recevez directement les dernières actualités sur le Web3, l’IA et les cryptomonnaies.